21 Description narrativisee et focalisation
Posté le 17.03.2008 par verbes
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Coketown était une ville de briques rouges ou plutôt de briques qui eussent été rouges si la fumée et les cendres l'eussent permis ; mais, étant donné les circonstances, c'était une ville d'un rouge et d'un noir contre nature, telle la face peinte d’un sauvage. C'était une ville de machines et de hautes cheminées d'où s'échappaient inlassablement, éternellement, des serpents de fumées qui ne se déroulaient jamais tout à fait.
Charles Dickens, Temps difficiles
Lucette : focalisation 0
Sara saisit la première opportunité pour échapper à son passé douloureux. C'est un jour gris de septembre qu'elle débarque à Coketown pour intégrer le lycée qui l'attend. Sa rencontre avec la ville est d'une violence inouïe. Coketown était une ville de briques rouges ou plutôt de briques qui eussent été rouges si la fumée et les cendres l'eussent permis ; mais étant donné les circonstances, c'était une ville d'un rouge et d'un noir contre nature, telle la face peinte d'un sauvage .
Durant sa carrière elle a voyagé et fréquenté des villes sombres et polluées qui ne voyaient la couleur du ciel que rarement. Mais là, cela dépasse de beaucoup ce qu'elle a côtoyé. C'est une ville de machines et de hautes cheminées d'où s'échappe inlassablement, éternellement des serpents de fumées qui ne se déroulent jamais tout à fait.
Pendant un bref instant Sara se demande si elle a pris la bonne décision en venant s'exiler là. Elle se sent saisie par une vague de découragement et elle regrette déjà d'être ici. Soudain des éclats de rires la ramènent à son environnement. Une bande d'adolescents est traversée par un fou rire interminable. Ils ressemblent traits pour traits à ceux qu'elle connaît dans son métier et avec lesquels elle aime travailler. Touchée par cette bonne humeur contagieuse elle attend, plus sereine, son hôte.
Aujourd'hui ce n'est pas mon jour, maugrée John au volant de sa voiture. Déjà mon réveil n'a pas sonné. J'ai dû fait une fausse manipulation hier en mettant mon heure d'alarme. Encore un acte manqué et un stress inutile. Je vais être en retard à mon rendez vous à la gare. Il faut que j'arrive à tant pour amortir le choc. Chaque année c'est la même chose ! Ils demandent tous leur mutation, le poste les intéresse, mais dès qu'ils découvrent la ville ils veulent déjà repartir. Pourtant, personne ne les a obligés à venir ! Et puis moi, je l'aime cette ville, et pour rien au monde je ne la quitterais.
Plongé dans ses pensées il se retrouve sans s’en apercevoir à coller dangereusement le taxi qui est devant lui . Mince qu’est ce que je fous sur cette file !
Le taxi se range sans délai pour échapper au chauffard qui le précède. Non mais, c’est pas vrai ! Non seulement il emprunte le couloir des taxis sans y être autorisé et en plus il manque de me rentrer dedans. Il y a des jours où il se dit qu’il fait un métier dangereux. C’est pas pour dire, mais rien que ce mois-ci il a eu plus de frais de réparation de son véhicule que toute l’année dernière. C’est pas le nombre de courses qu’il fait qui va équilibrer ses dépenses. Bon ! c’est pas tout, mais il a juste le temps de récupérer à la gare les rares voyageurs du dernier train.
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Posté le 14.03.2008 par verbes
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L'automne apparut très vite et se déguisa tout de suite en jeune hiver. Où était l'été de la rue chaude ?
Le froid entortillait les cache-nez autour des têtes, transformait les nez en cerises rouges. Les feuilles mortes se crispaient comme des poings et les balayeurs en emplissaient de craquantes brouettes. Les journées, elles aussi, se fanaient rapidement. Robert Sabatier, Trois sucettes à la menthe
Focalisation interne de Joël
Hélène
L’automne apparut et se déguisa tout de suite en jeune hiver. Au bord du canal vert-de-gris, les pêcheurs à la ligne avaient repris les pulls et les cirés remisés au fond de leurs sièges-valises.
Même les troncs d’arbre semblaient transis et surpris. Le froid entortillait les cache-nez autour des têtes et tranformait ces appendices en cerises rouges, plus grosses que les bouchons qui dansaient sur l’onde.
Les feuilles mortes se crispaient comme des poings et les balayeurs en emplissaient de craquantes brouettes.
Sur le banc craquelé je me tenais serré, tirant sur ma bouffarde des volutes bleutées aux senteurs de Virginie. De son bel accent italien, elle m’avait bien dit « 18 heures », et j’attendais. C’est vrai qu’elle n’avait pas l’air bien au téléphone.
Mais au point d’oublier notre rendez-vous et notre départ ? Entre mes pieds mon sac de voyage paraissait chiffonné. De la main droite, je retournais l’enveloppe enflée de mes économies ; et me répétais de quoi tenir un mois.
Les balayeurs maugréaient dans une langue que je ne reconnus pas. Au dessus des grands arbres le soleil se recroquevillait. La grand rue restait vide. Je m’assouppissais. La journée se fanait, enveloppant les pêcheurs de ses pétales crépusculaires. Où était passé l’été de la grand rue chaude ?
C’est alors qu’il y eut une grand souffle et tout changea d’aspect, de grosses gouttes se mirent à tomber, trouant le miroir plissé de l’eau. Avant d’être complètement trempé, j’eus le temps de gagner l’abri de bus à l’angle de la rue.
Près de la vitre se trouvait une femme secouée de sanglots. Je reconnus Hélène qui baissait les yeux. Amer, je me dressai devant elle. « Eh bien ? Que fais-tu là ? je t’attendais !
— Je sais Pierre, je t’ai vu… mais…
— Mais quoi ?
— Je n’osais pas te le dire, je ne pars plus.
— Comment ? Tu m’avais promis.
— Je sais. »
Elle se retourna et continua de pleurer. Je me détournais. La cime des arbres frissonnait, sans bruit. Les pêcheurs avaient disparu, sauf l’un d’entre eux qui restait, l’air hagard, à fixer son bouchon. Je remarquais plus loin une voiture noire à l’arrêt, les veilleuses allumées. Difficile de distinguer quelqu’un à l’intérieur. Hélène séchait ses larmes du bout des doigts et tâchait de retrouver sa voix. Avais-je envie de l’entendre ?
Je regardais à nouveau la voiture. « Hélène, c’est Louis ? »
Elle baissa lentement les paupières, et garda les yeux fermés.
La pluie avait cessé.
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Posté le 21.02.2008 par verbes
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C'était en revenant de Nîmes, un après-midi de juillet. Il faisait une chaleur accablante. À perte de vue, la route blanche, embrasée, poudroyait entre les jardins d'oliviers et de petits chênes, sous un grand soleil d'argent mat qui remplissait tout le ciel. Pas une tache d'ombre, pas un souffle de vent. Rien que la vibration de l'air chaud et le cri strident des cigales, musique folle, assourdissante, à temps pressés, qui semble la sonorité même de cette immense vibration lumineuse. Alphonse Daudet, Les lettres de mon moulin.
Description narrativisée de Gabrielle, et suite en focalisation interne.
Il était parti à Nîmes rencontrer de futurs clients. Après une réunion de travail qui avait duré la matinée, ils avaient déjeuné ensemble dans un charmant restaurant proche des arènes.
Nous étions en Juillet. La chaleur était accablante, annonçant déjà la canicule qui sévirait cette année là au mois d’Août. Il prit la route en début d’après-midi.
A peine sorti de la ville, il se retrouva seul à rouler sous un soleil d’argent mat qui remplissait tout le ciel. Il mit ses lunettes et baissa la pare-soleil.
Sur la route blanche, embrasée, pas une tache d’ombre, pas un souffle de vent. L’absence de climatisation de sa vieille 405 l’obligeait à rouler fenêtres ouvertes. Juste pour ne pas étouffer. Illusoire fraîcheur de cet air chaud ! Ses mains collaient sur le volant. Il sentait les gouttes de sueur couler lentement dans son dos. Sur sa chemise, on voyait la marque humide de la ceinture de sécurité.
Il accéléra. Il avait hâte d’arriver, de sortir de la fournaise de sa voiture, de quitter ce lieu oppressant où il n’entendait que la vibration de l’air chaud et le cri strident des cigales, musique assourdissante, à temps pressés, qui semblait la sonorité même de cette vibration lumineuse et s’intensifiait chaque fois qu’il dépassait des jardins d’oliviers et de petits chênes.
Etait-ce l’effet de la chaleur de ce début d’après-midi ? Un déjeuner trop lourd et bien arrosé ? L’accumulation du manque de sommeil ? Il sentait ses paupières lourdes. Sa vision se brouillait. Il avait envie de s’abandonner à cette douce torpeur qui l’envahissait mais la peur de perdre le contrôle, un reste de conscience du risque d’accident lui permettaient de résister.
La route était encore longue sous ce soleil de plomb. Il se dit qu’il serait plus prudent de s’arrêter dans un coin ombragé pour se reposer. Il mobilisa son attention à la recherche de l’endroit idéal et repéra un chemin de terre qui s’enfonçait dans des champs d’oliviers. Il s’y engagea, se gara, sortit une couverture de son coffre et l’étala à l’écart, sous un arbre. Il se déshabilla et s’allongea. Rapidement, il sombra dans un profond sommeil.
... ... ... ...
Accroupie derrière un buisson, une fille l’observait. Le visage sale, les cheveux emmêlés, les mains noires de terre, elle semblait sans âge. Elle était restée immobile, le regardant s’installer. Après avoir constaté qu’il était endormi, elle se leva et remonta sa culotte.
Elle s’avança vers l’homme étendu. Ses pieds nus accrochaient les petits cailloux du chemin. Elle était à la fois attirée et dégouttée par ce corps dénudé. Il semblait inoffensif, abandonné là sur le sol, mais la vue de son caleçon légèrement remonté sur ses cuisses musclées, constituait une indécente provocation. Elle s’agenouilla prés de lui. Sa robe s’étala en corolle. Elle se pencha pour renifler cette odeur virile, promenant son nez sur son poitrail. Il soupira comme en extase.
Elle mit alors une main sur ses parties génitales, l’autre sur son cou puis serra fort, très fort. Il expira sans un cri. Elle se jeta sur le corps encore chaud. Ses petites dents pointues en arrachèrent le cœur qu’elle dévora comme une bête sauvage. De sa bouche ensanglanté sortit un hurlement qui déchira le ciel. L’appel de la meute pour la curée finale. Des chiens errants se précipitèrent sur ce gibier qu’elle leur abandonnait.
Le lendemain, dans Nice matin, on pouvait lire à la une « encore une victime des loups dans l’arrière pays » !
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