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Nom du blog :
verbes
Description du blog :
atelier du samedi matin, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
06.04.2007
Dernière mise à jour :
17.04.2008
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Joël : Pastiche

Joël : Pastiche

Posté le 17.04.2008 par verbes
.
Analyse
Donald Westlake dans Droles de frères. Cet auteur surtout connu pour ses romans policiers est un fin observateur de la nature humaine, toujours prêt à faire partager son sens de l'humour, et très lucide de la société et de ses travers. Contrairement à beaucoup d'autres auteurs du même style, il fait des descriptions toujours très stimulantes et instructives, et la présentation des personnages est finement développée. Le climat général est enfin rarement sombre.

Anamnèse
Mon frère Gilles et moi, quand nous avions des sous, nous allions l’après-midi à un cinéma permanent de la Porte Maillot. Avec un peu d’agilité, il était possible de passer discrètement de salle en salle et au bout de quelques heures, l’orgie d’images et de sons consommée, nous ressortions avenue de la Grande Armée, hagards, les yeux rougis. Ce jour là, le film a continué dehors.

Pastiche
Le long de l’avenue, les voitures nous sont apparues comme des chars futuristes, pointant leurs canons furieusement clignotants, rouge, vert, jaune, au-dessus de nos têtes encore basses. Le flap-flap des chenilles donnaient à la scène un rythme endiablé. Le sol dégageait des vapeurs nauséabondes, se boursouflait, menaçant de s’ouvrir et de tout emporter. Les émissions radio se mélangeaient dans une épouvantable cacophonie. Sur les grands trottoirs gris, aussi lisses que des billards, les passants étaient, par un maléfice, devenus des bêtes énormes, vertes et velues, pleines de pattes crochues, qui se disputaient le passage en grimaçant. Gilles, un peu plus costaud que moi, marchait devant, nous restions proches. Nous étions les vedettes, les héros. Action et suspense, dans plusieurs productions simultanées. Les badauds restés humains s’étonnaient de ces fruits rouges au fond de nos orbites. Savaient-ils au moins qui nous étions ? Des extra-terrestres infiltrés que rien n’arrêterait dans leur progression vers la… Place de l’Etoile. Les plus éveillés le savaient, c’était sûr. Les autres restaient condamnés à suivre la direction de leur nez.
Plus haut, l’Arc de Triomphe nous attendait. Quelques porches nous permirent de faire des haltes, histoire d’attaquer un Caram’bar ou d’en griller une. Arrh ! noir le tabac, dure la vie ! Quelques pas derrière nous se tenait un sinistre sbire en manteau qui nous suivait, faisant toutes sortes de simagrées pour ne pas en avoir l’air, du grand art. Bien essayé.
C’est là que nous avons fait très fort. Un peu plus bas se trouvait un grand magasin de vélos, et on s’est planté devant à fixer les bicyclettes en comptant les vitesses. Tranquilles en sifflotant. Pause dans le délire, histoire de voir. Et le détective -forcément fourbe- s’est évaporé, malheureusement avant d’avoir avoué le principal : pour qui travaillait-il ? Après un clin d’œil à la photo de Jacques Anquetil, vedette de l’époque, nous sommes repartis vaillamment. Entre-temps les bêtes immondes avaient disparu dans les sous-terrains, aspirées dans les égouts, sous les plaques rondes et métalliques soigneusement remises à leur place.
Restait la foule bigarrée, psalmodiant des mélopées incompréhensibles, mouvante comme un ban de poissons affolé. Nous la fendîmes dans un fol exercice de slalom inversé : en remontant. C’était, à vrai dire, notre sport favori. L’excitation était à son comble. L’Arc approchait, magnifique, géant, plein de promesses et de questions. (On disait déjà qu’il s’enfonçait lentement. Est-il vraiment plus petit aujourd’hui ?) Mais j’aperçus d’énormes sauterelles métalliques qui l’attaquaient par la face Nord. Damned ! « Calme toi ! murmura mon frangin, ce sont des échafaudages. » Dans tout ce chantier, la soucoupe pouvait-elle encore approcher ? On piétinait, on attendait quelque chose, un signe.
Soudain, dans le ciel menaçant, torturé, entre de gros nuages noirs, trois éclairs aveuglants nous ont avertis. On est resté la bouche ouverte d’émotion, avant de comprendre le message. Oui ! Nous étions sur la voie. Patience. Après toutes ces années, nous n’avons pas oublié la promesse du ciel.
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