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Nom du blog :
verbes
Description du blog :
atelier du samedi matin, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
06.04.2007
Dernière mise à jour :
17.04.2008
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Joël : Focalisation

Joël : Focalisation

Posté le 14.03.2008 par verbes
.
L'automne apparut très vite et se déguisa tout de suite en jeune hiver. Où était l'été de la rue chaude ?
Le froid entortillait les cache-nez autour des têtes, transformait les nez en cerises rouges. Les feuilles mortes se crispaient comme des poings et les balayeurs en emplissaient de craquantes brouettes. Les journées, elles aussi, se fanaient rapidement. Robert Sabatier, Trois sucettes à la menthe


Focalisation interne de Joël

Hélène

L’automne apparut et se déguisa tout de suite en jeune hiver. Au bord du canal vert-de-gris, les pêcheurs à la ligne avaient repris les pulls et les cirés remisés au fond de leurs sièges-valises.
Même les troncs d’arbre semblaient transis et surpris. Le froid entortillait les cache-nez autour des têtes et tranformait ces appendices en cerises rouges, plus grosses que les bouchons qui dansaient sur l’onde.
Les feuilles mortes se crispaient comme des poings et les balayeurs en emplissaient de craquantes brouettes.
Sur le banc craquelé je me tenais serré, tirant sur ma bouffarde des volutes bleutées aux senteurs de Virginie. De son bel accent italien, elle m’avait bien dit « 18 heures », et j’attendais. C’est vrai qu’elle n’avait pas l’air bien au téléphone.
Mais au point d’oublier notre rendez-vous et notre départ ? Entre mes pieds mon sac de voyage paraissait chiffonné. De la main droite, je retournais l’enveloppe enflée de mes économies ; et me répétais de quoi tenir un mois.
Les balayeurs maugréaient dans une langue que je ne reconnus pas. Au dessus des grands arbres le soleil se recroquevillait. La grand rue restait vide. Je m’assouppissais. La journée se fanait, enveloppant les pêcheurs de ses pétales crépusculaires. Où était passé l’été de la grand rue chaude ?
C’est alors qu’il y eut une grand souffle et tout changea d’aspect, de grosses gouttes se mirent à tomber, trouant le miroir plissé de l’eau. Avant d’être complètement trempé, j’eus le temps de gagner l’abri de bus à l’angle de la rue.
Près de la vitre se trouvait une femme secouée de sanglots. Je reconnus Hélène qui baissait les yeux. Amer, je me dressai devant elle. « Eh bien ? Que fais-tu là ? je t’attendais !
— Je sais Pierre, je t’ai vu… mais…
— Mais quoi ?
— Je n’osais pas te le dire, je ne pars plus.
— Comment ? Tu m’avais promis.
— Je sais. »
Elle se retourna et continua de pleurer. Je me détournais. La cime des arbres frissonnait, sans bruit. Les pêcheurs avaient disparu, sauf l’un d’entre eux qui restait, l’air hagard, à fixer son bouchon. Je remarquais plus loin une voiture noire à l’arrêt, les veilleuses allumées. Difficile de distinguer quelqu’un à l’intérieur. Hélène séchait ses larmes du bout des doigts et tâchait de retrouver sa voix. Avais-je envie de l’entendre ?
Je regardais à nouveau la voiture. « Hélène, c’est Louis ? »
Elle baissa lentement les paupières, et garda les yeux fermés.
La pluie avait cessé.
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