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Nom du blog :
verbes
Description du blog :
atelier du samedi matin, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
06.04.2007
Dernière mise à jour :
17.04.2008
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Dominique : Description narrativisée

Dominique : Description narrativisée

Posté le 10.03.2008 par verbes
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Le café des Miroirs était situé au croisement de deux ruelles ; il occupait la majeure partie de la chaussée de terre battue, interdite aux lourds véhicules, et où, seules, s'aventureraient les baladeuses des marchands ambulants. D'immenses toiles de tente s'étendaient au-dessus de sa tortueuse terrasse comme dans un marché couvert. Un nombre impressionnant de miroirs, aux cadres sculptés et recouverts de dorures, étaient accrochés partout, à même les façades des masures environnantes. Albert Cossery, Mendiants et orgueilleux.

Description narrativisée de Dominique

Cela faisait un bon moment qu’elle avait décroché du lycée. Régulièrement elle séchait les cours pour aller marcher dans la ville, surtout le matin quand les choses se mettent en place. Ses déambulations l’avaient amenée vers les quartiers populaires de la vieille cité, ceux qui sont à la marge.
C’est ainsi quelle avait atterri au café des Miroirs. Il était à l’angle de deux ruelles et sa terrasse mangeait la chaussée. Elle se sentait bien dans cet endroit qui était d’un autre temps. Le modernisme s était arrêté quelques boulevards plus haut. Ici les rues n’étaient pas goudronnées. Elles étaient restées en terre battue et les jours de grande chaleur une poussière de terre se soulevait au passage des marchands ambulants. Et s’il se mettait à pleuvoir d’un coup, comme cela arrive en été, l’odeur de cette terre remontait et la chavirait dans son enfance. Alors elle aimait ça, regarder tomber la pluie. Elle l’entendait battre les immenses toiles que le patron avait tendues comme il pouvait au-dessus de sa drôle de longue terrasse, pour abriter les clients. C’était des toiles de tentes, en épais tissu délavé. Elles lui rappelaient les colonies de vacances ou elle passait l’été quand elle était petite. Pour un peu, assise là-dessous, elle se serait crue sous le chapiteau d’un cirque. Elle restait là, à regarder s’activer les antiquaires, les brocanteurs. Ces magiciens des objets extirpaient leurs trouvailles hors du temps et les exposaient, insolites, pour un nouveau tour de piste.

Quand elle avait assez regardé, elle payait ses consommations et quittait la terrasse pour remonter la rue des Miroirs. A son tour d’entrer dans le spectacle. Elle marchait, de tout son temps, en regardant, partout. Car à chaque fois les façades des vieilles maisons la fascinaient. Des deux côtés de la rue, des miroirs se renvoyaient la lumière ou des éclats de soleil. Il y en avait des centaines, accrochés sur les murs de toutes les masures, des petits, des grands, toutes les formes. Elle les trouvait touchants et beaux avec leurs cadres sculptés, recouverts de dorures. Elle les voyait comme des bijoux, des colliers, des parures qui déclinaient à l’infini l’animation de la rue, son brouhaha, la couleur du ciel. C’était un bousculement des sens parce que toute la perspective de la rue était changée. Elle marchait et le remue–ménage se répercutait dans les miroirs, et les miroirs renvoyaient les images comme en écho.
C’était un peu étourdissant.
La plupart du temps elle portait de longues jupes très colorées qui touchaient presque le sol. Elle les achetait dans des boutiques indiennes. Là, dans la rue, elle voyait les couleurs de ses jupes ondoyer dans des fragments de miroirs. Elle les perdait, elle les retrouvait. Son visage et sa chevelure s’encadraient un moment sur un fond d’objets passés.

J’étais souvent là, quelques mètres derrière elle. Je la regardais, elle et ses profils qui se démultipliaient. Je ne voulais qu’une chose : lui parler.
Mais je sentais tellement de mélancolie, quand elle remontait la rue des Miroirs, que je n’ai rien su faire d’autre, que la laisser filer.
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