Posté le 18.06.2007 par verbes
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Les jumelles
Nous sommes jumelles. Si semblables l’une à l’autre que nous en sommes même interchangeables. Inséparables, indissociables, nous fonctionnons ensemble jour et nuit. Côte à côte le jour, l’une contre l’autre la nuit. Nous portons le numéro 23. Nous ne sortons que l’hiver car le froid et la neige sont notre univers.
L’autre jour, nous étions tranquillement assoupies à l’arrière du magasin avec nos compagnons, attendant sans impatience notre tour. La veille, un samedi, les cars avaient déversé dans la station des grappes de vacanciers chaudement emmitouflés. Tout ce petit monde s’apprêtait à partir à l’assaut des pistes enneigées. Notre magasin, bien placé près des départs des remontées mécaniques, était une étape incontournable. Ce matin-là, donc, sagement installées dans nos casiers, nous profitions des derniers instants de tranquillité avant d’affronter les grands espaces. La porte s’ouvrit brusquement et René nous saisit d’une main ferme en criant joyeusement « allez les filles, en piste ! ». Il nous confia aux bras maladroits d’une jeune fille frêle, toute engoncée dans sa combinaison démodée. Catastrophe ! Une débutante !
Elle nous serra contre elle et on sentit son embarras à nous conserver en équilibre. D’une démarche lourde, elle s’avança difficilement vers le téléski le plus proche. Elle nous lâcha dans la neige sans ménagement et, à grands coups, elle enfonça ses pieds dans nos fixations.
Première opération : attraper la perche, se la mettre sous les fesses, nous tenir sagement alignées l’une à côté de l’autre, puis se laisser tirer vers le haut. A énoncer, comme ça, ça a l’air simple. Dans la pratique, c’est une autre affaire !
Après plusieurs tentatives infructueuses, nous voilà enfin parties. Arrivées en haut, nous avons glissé lentement vers un sapin. Hélas, au lieu de s’y accrocher pour s’arrêter en douceur, notre débutante s’est lamentablement effondrée sur nous. ! La piste bleue s’annonçait laborieuse !
Quelles que recommandations succinctes de ses amis et voilà notre skieuse innocente qui s’élance. Quelle abrutie ! Elle est incapable de nous tenir droites et nous finissons à peine plus bas vautrées ensemble dans la poudreuse.
Va-t-elle abandonner ? Va-t-elle comprendre qu’un minimum de cours (avec de beaux moniteurs jeunes et bronzés !) est nécessaire pour connaître les bases de la glisse ? Pas de chance ! Nous sommes tombées sur une étudiante fauchée ! Quand on n’a pas les moyens, on reste chez soi ! Les sports d’hiver, c’est pas pour les pauvres !
Hélas, nous n’avons plus le choix, à présent, d’une façon ou d’une autre, il va bien falloir la descendre cette piste bleue.
Nous repartons donc, expérimentant sans grand succès différentes techniques qui, soit dit en passant, font bien rire les spectateurs de nos galères. En désespoir de cause, notre apprentie finit par déchausser, nous prend dans ses bras et commence à descendre à pied. C’est pire ! Elle s’enfonce dans la neige jusqu’aux genoux, râle, jure, s’énerve, inconsciente du ridicule de sa situation.
Finalement elle se résout à remettre ses skis et à force de persévérance, elle aperçoit enfin le bout de son calvaire.
Un léger sourire, une seconde d’inattention et c’est la catastrophe. Elle roule, glisse, se cogne et nous perd. Nous partons alors, enfin libérées, glissant chacune de notre côté. La jeune novice, couverte de neige, se laisse envahir par le découragement et dans le froid qui lui mord les joues, les larmes perlent à ses yeux. Elle est seule, depuis longtemps ses amis l’ont laissé se débrouiller. Plus d’une heure pour descendre une piste bleue, c’est quand même un sacré score !
Allez pleure pas petite. Regarde : de gentils skieurs bienveillants viennent à ton secours et nous ramènent vers toi. Rien de grave, tu t’en sors seulement avec des bosses et tu as fini par nous dompter ! Après cette première expérience douloureuse, tu vas enfin goûter aux joies de la glisse.
Bonnes vacances !
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Posté le 14.06.2007 par verbes
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La Honte
«Alors, tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d'enfance »
Oui, il le faut. François doit se délivrer de ce secret de famille qui l’étouffe. Il est maigre. Il a les cheveux gris, les yeux clairs de sa jeunesse. Ses mains sans alliance sont sèches. Son pantalon est usé , sa chemise froissée. Son torchon tombant sur son épaule est suspect. Il a l’air si triste, si fatigué. Cela fait des années qu’il est là. Derrière le comptoir, derrière le bar. Pourquoi derrière ? Il lave les verres. Il remplit les verres. Il passe la serpillière. Ce geste, il le connaît par cœur. L’odeur du premier café chaud du matin n’a plus de mystère pour lui. Il a rencontré beaucoup d’hommes avec les mêmes histoires. Des histoires de femmes. Les femmes, les élégantes ne fréquentent pas son bar. Il n’a jamais trouvé la femme de sa vie. Une voyante lui avait pourtant prédit une vie avec une belle rousse. Les voyantes donnent l’avenir moyennant un bon repas chaud. Elles lisent les lignes de la main gauche, celle du cœur. Son cœur à lui, il est mort derrière les bières et le café.
Le café de sa grand'mère paternelle, de son père. L’appartement de sa vieille mère. Sa mère Agathe qui lui a donné la vie un jour ensoleillé du 25 Juillet 1957. Enfin, un petit garçon parmi toutes ses femmes : sa grand'mère Madeleine, sa mère Agathe, sa sœur Juliette. François était le roi parmi ses trois petites fées qui l’adorait. Son père René n’avait rien à dire. Il ne disait jamais rien d’ailleurs. Il était derrière son comptoir, et il nourrissait sa petite famille. Petite famille qu’il envoyait tous les ans en vacances à SAINT CYPRIEN où grand'mère Madeleine possédait une maison. C’était un enchantement pour François, le soleil, la mer, le port, les gâteaux de Madeleine.
Il avait douze ans quand il recueillit sa première petite chienne, Vanille. Elle était perdue, abandonnée. Agée d’environ deux ans, c’était une grosse mémère au pelage fleur de pêcher avec des gros yeux jaunes. Mélange d’un labrador et d’un chien de berger. Elle était si vive, si affectueuse, si intelligente. François la ramena à la maison, et grâce à l’intervention de grand'mère, ils rentrèrent à Paris avec Vanille.
La rentrée fut un choc. René avait disparut. Aucune lettre, aucune explication. Un jour, une semaine, un mois passèrent. René ne reviendrait pas, et les femmes se retrouvèrent derrière le zinc.
Grand'mère Madeleine était triste, François très inquiet. Il cherchait son père partout. Le jour de ses treize ans, accompagné de Vanille , il joua à l’inspecteur de police. Il lui fit sentir un vieux chandail de son père. «Cherche, Vanille, cherche mon papa !»
Vanille aboya, remua la queue, tourna sur elle même en dandinant du cul. Sans aucun succès.
A seize ans François était révolté devant l’indifférence de sa mère et de sa sœur face à l’absence du père. Pour lui, c’étaient deux grosses garces, et fainéantes en plus. Seule grand'mère Madeleine conservait tout son amour, mais elle n’était pas éternelle, et le chagrin de la disparition de son fils René l’avait anéantie. Elle mourut l’année des vingt ans de François. Sur son lit de mort, elle prononça ses derniers mots «la honte, mon petit, la honte».
- Quelle honte ? Explique-moi grand'mère.
Il fallait qu’il sache ; il fallait aussi qu'il travaille, et il fit connaissance avec la place derrière le bar. Entouré d’un chien noir «Ulysse», car Vanille avait rejoint grand mère Madeleine. Ulysse qui rassure par sa présence, il ne juge pas, il ne chuchote pas comme les voisins, il reste le confident qui aime François.
François interroge la clientèle de son père qui ne se souvient pas ou qui l'envoie sur des fausses pistes. Il est mort ? Parti à l’étranger ?
Avec une autre femme ? On abandonne pas une famille sans une bonne raison. Une raison, un sentiment, une passion. Pourquoi ce besoin soudain de repartir à zéro ? Il faut être si malheureux que rien ni personne ne peut empêcher la fuite vers un monde meilleur. La vie est si courte ! Quand le bonheur passe à portée de mains, il faut le saisir. Inutile d attendre cent ans pour faire ses bagages.
C’est un matin de printemps qu’il comprend quand il voit l’amour de son père avec un grand A. La passion que certains ne connaissent qu’une seule fois et d’autres jamais. L’amour a les mains fines, les yeux d’un bleu profond, une démarche naturelle dans son imperméable. Il traverse la rue d’un pas sportif, il entre dans le café.
Il doit parler à François, il commande un chocolat. Il s’appelle MARC.
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Posté le 14.06.2007 par verbes
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Le secret
"Alors, tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d’enfance."
Le repas d’anniversaire se termine, le café est servi et tout à la joie de fêter les vingt ans de Pierre, les convives sont heureux. Pierre à qui s’adresse la question est maintenant un homme, et toute la famille réunie en ce jour de fête connaît des éléments de réponse. Sa maman, une fille mère comme on disait à l’époque, l’avait abandonné et c’était les TROUBER qui l’avaient recueilli et lui avait prodigué tout l’amour que des parents doivent donner à leur progéniture. Enfant prodigue, Pierre avait grandi comme tous les enfants mais, dès l’âge de 10 ans, les premiers signes d’une mélancolie chronique étaient apparus. Bien que modestes, les TROUBER l’avaient amené chez les plus grands spécialistes pour déterminer la cause de son mal et surtout le soigner. Mais rien n’y avait fait.
Pierre qui, comme cela sied en de pareilles circonstances, est assis au milieu de la tablée entre grand père Roland et mamie Simone. Tous les regards se tournent vers lui, guettant ce qu’il pourrait bien raconter qu’ils ne savent déjà.
"Tout d’abord je veux tous vous remercier, les TROUBER, vous ma vraie famille, commence-t-il. Vous mes grands parents, vous aussi mes parents et toute la famille."
Bizarre comme introduction d’un message d’anniversaire ! Dans les familles traditionnelles, on ne remercie pas ses parents, on les aime et on leur montre tous les jours. Alors, pourquoi Pierre ressent-il le besoin de remercier son monde ?
Pierrot, son surnom affectif, continue son exposé. Il raconte les parties de pêche au bord de l’étang, les bêtises qui permettent aux enfants de se construire, et il se tourne vers Elisabeth pour lui déclarer sa flamme et lui demander en ce jour solennel de se marier avec lui.
"Mais, ajoute-t-il, il faut que je me confesse et que tu connaisses vraiment tout de ma vie. Car, vois-tu, Elisabeth, depuis 10 ans je ne vis plus." Les derniers mots réveillent ceux qui, l’alcool aidant, se sont assoupis.
"Je ne vis plus, car je sais tout ! Mon vrai nom n’est pas TROUBER. Je l’ai appris, une nuit où je n’arrivais pas à m’endormir. Je m’étais levé du lit et j’étais descendu. Mes parents regardaient la télévision dans le salon, et je fus saisi de stupeur quand Maman demanda à Papa ce qui m’arriverait si jamais il devait leur arriver malheur. J’entendis : "La famille nous remplacera comme nous avons remplacé ses parents." Mes jambes se mirent à trembler, ce moment je ne l’oublierai jamais, qu’est-ce que cela voulait dire."
"Je remontais dans ma chambre et gambergeais toute la nuit, et les nuits suivantes. Maman dut s’apercevoir de quelque chose, car elle me questionna plusieurs fois, pour vérifier que tout allait bien ; moi j’étais décidé à donner le change, mais de temps à autre je tombais dans une mélancolie profonde, noire comme le sont les tunnels ; on se demande quand on en verra la fin. Je ne vous en veux pas, les parents ; vous m’avez aimé comme il n’est pas permis d’aimer. Souvent, j’aurais aimé vous en parler, mais les mots ne sortaient pas ! Alors telle une huître, je me refermais dans ma coquille. Jusqu’à mes dix huit ans, où je fis le serment de retrouver mes racines."
"Ma quête de la vérité débuta par la mairie, demandant à voir les registres d’Etat Civil. M’inscrivant dans une association, frappant à toutes les portes qui se refermaient les unes après les autres, j’activais tout ce qui pouvait être activé. Les pistes se terminaient toutes en impasse, mais jamais je ne fus découragé."
Les convives ont les larmes aux yeux. La jeune Elisabeth s’est levée pour se rapprocher de Pierre et lui serrer affectueusement la main. Les parents osent à peine lever les yeux ; quant aux grands parents, ils sourient, comme soulagés !
Pierre continuait à conter sa quête. Faisant face à sa famille, il dit comment grâce à un concours de circonstance, il fut mis sur la piste par une connaissance d’une amie. Sa mère était la serveuse du bar tabac librairie, mais elle avait quitté le village voilà trois ans.
Pierre boit une gorgée d’eau pour s’éclaircir la voix. Tout le monde attend la suite. "Il m’en a fallu du temps pour retrouver Muriel, ma maman, celle qui m’a transmis mon ADN. Elle vit à la ville, et quand elle m’a ouvert la porte de son appartement, elle a tout de suite compris. Malgré toutes ces années, on s’est embrassé comme si on ne s’était jamais quitté. Elle m’a dit les difficulté des filles mères dans les années soixante-dix, la peur du qu’en dira-t-on, l’abandon de son enfant, son incapacité à subvenir à ses besoins, les TROUBER en mal d’enfant. Une chape de silence avait alors recouvert le secret."
Les visages des TROUBER se décomposent au fur et à mesure du récit. La fête tourne au désastre ; ce qui devait être la réjouissance de toute une famille tourne au règlement de compte. Ce que personne n’avait voulu voir ou savoir leur était révélé avec force et passion.
"Car, voyez-vous, muni de quelques informations diffuses données par ma mère naturelle, tout me ramenait vers cette famille. Car mon père se trouve dans cette salle. Il a aujourd’hui une chance, celle de me dire en face, je suis ton père."
On entend une mouche voler.
Personne ne prend la parole, alors Pierre regarde dans la direction de son grand père, lui demande pardon ! Et lui dit ces mots que personne ne voulait entendre : PAPA.
Le grand père rougit, transpire, pâlit et est pris d’un grand éclat de rire. Toute famille a son secret, mais celui-ci, il aurait voulu l’emporter dans sa tombe.
La seule réaction sensée qu’il pouvait avoir était de quitter la salle. Il la quitta.
La mort de Roger TROUBER fut annoncée dans les journaux quelques jours plus tard. Il fut enterré dans la plus stricte intimité, accompagnée de sa seule famille. Pierre s’abstint de venir.
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Posté le 06.04.2007 par verbes
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- Allo
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- Oui, c’est moi-même
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- Hervé ? Hervé Mantoue ?.... mais…c’est une surprise…après tout ce temps
-...
- En fait, je ne pense pas, tu sais, je n’ai pas vraiment le temps, deux enfants, le boulot… je n’aurai pas le temps non
-...
- Non, je ne les ai pas revu. Ecoute, tu m’excuseras, mais je dois sortir, je vais...
-...
- Je te le répète, je n’ai revu personne, ni Alice ni les autres. Après le Bac on est parti chacun de son côté et je n’ai gardé les coordonnées de personne. J e n’ai pas essayé de les revoir, c’est qu’on avait décidé de faire. Alors je ne vois pas pourquoi tu me rappelles pour me parler d’eux. Je n’ai pas du tout envie de revenir sur le passé, et là je dois vraiment raccrocher…
-...
- Elle t’a écrit ? quand ?
-...
- Non, je n’ai rien reçu . et les autres ?
-...
- Et que dit-elle dans cette lettre ?
-...
- Quoi ? elle va tout raconter dans un livre ? bon sang. Après tout ce temps…. C’est dingue. on s’était pourtant juré de ne parler de ça à personne…
-...
- Mais tu crois qu’elle veut vraiment le faire publier ? Elle dit peut-être ça pour nous faire peur.
-...
- C’est dément ! elle oublie qu’elle n’est pas la seule impliquée, nous aussi ça nous concerne et je n’ai vraiment pas envie de tout voir remonter à la surface. Tout déballer sur la place publique, 20 ans après, franchement je trouve ça flippant. Elle ne se rend pas compte qu’elle va nous replonger dans les emmerdements
-...
- Non, je ne vois pas comment je pourrais les prévenir. Je te l’ai déjà dit, je ne suis restée en contact avec personne. Je sais juste que Julien est toujours sur Paris car je croise sa sœur de temps en temps, mais c’est le seul. Les autres je ne sais pas ce qu’ils sont devenus
-...
- Mais c’est à toi qu’elle a écrit. C’est à toi d’essayer de la voir, pas à moi. D’ailleurs, ce n’est sûrement pas par hasard si elle t’a contacté toi, car après tout c’est toi qui décidait toujours tout dans notre groupe, c’est toi qui a eu cette idée à la con. Alors si elle nous revient en pleine figure vingt ans plus tard, et bien débrouille-toi pour nous sortir de là. Tu as toujours été doué pour avoir des idées…non…toi et tes idées fumeuses…
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- Mais bien sûr que si, c’est toi qui a eu l’idée de tout ça : passer une nuit dans la salle des profs. C’était ton idée. Tu voulais toujours épater la galerie, toujours à nous dire qu’on avait une petite vie médiocre et qu’il fallait se lancer des défis. Des défis à la con, oui ! et quand ça a mal tourné t’as vraiment pas été à la hauteur, tu t’es bien défilé
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- Je ne vois vraiment pas comment je pourrais retrouver Gaetan, Sandra et Jean et d’ailleurs je n’ai pas du tout l’intention de passer mon temps à les chercher. Tu m’as bien retrouvée, tu dois être capable de les retrouver aussi, d’autant que, si je me souviens bien, tu peux t’aider de relations influentes, non ?
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- T’es vraiment gonflé de dire ça. Mais je te rappelle que c’est toi qui a tout organisé et nous on a été trop bêtes pour marcher dans ta combine
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- Si, c’est toi qui a lancé ce défi. C’est toi qui a profité de ton amitié avec Isvari pour piquer les clés de la salle des profs. tu as choisi le jour en sachant que Mougamr serait absent. tu as amené les bombes pour tout tagger, des bouteilles. Tu nous a fait picoler et fumer au point qu’on a fini par faire n’importe quoi, jusqu’à mettre le feu au lycée. Merde, tu ne peux quand même pas dire le contraire. Tu avais tellement d’ascendant sur nous qu’on s’est laissé entrainer et…à cause de toi la grosse blague de potache a tourné au cauchemar
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- Bien sûr qu’on est tous responsable. Mais ce que je te reproche le plus au fond, c’est d’avoir profité de l’admiration qu’on avait pour toi pour nous faire dépasser la limite mais qu’ensuite…ensuite tu nous a obligé à nous taire et… voilà on s’est fondu dans la masse, on a rien dit, comme des lâches
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- Mais si ça aurait tout changé, parce que Mougam ne se serait pas suicidé si tu étais allé voir les flics ou la proviseur pour leur dire que tu avais volé les clés, et si on avait avoué que c’était nous qui avions foutu le feu. Après tout, qu’est-ce qu’on risquait ? pas grand-chose au fond, on était tous mineurs. Ca aurait été la honte pour nos parents ? bon, et après ? avec le temps tout ce serait tassé. Tandis que là, la mort de Mougam, elle dure, depuis tout ce temps
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- Je ne comprends pas comment tu peux dire ça. Alors que tu avais sympathisé avec lui, qu’il t’aimait bien, te laissait même sortir avec sa fille, t’invitait parfois à prendre le thés dans sa loge quand tu avais un trou entre deux cours.
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- Mais non, on avait commencé à mentir, on n’a pas pu revenir en arrière. Quand Mougam s’est tué, c’était trop… énorme. C’est comme si notre mensonge nous avait explosé en pleine figure. On a été dépassé et on s’est comme figé dans ce mensonge. Il s’est refermé sur nous comme un piège…et c’était trop tard pour revenir sur ce qu’on avait dit
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- Garde tes bonnes paroles pour toi. De toute façon après l’incendie tu as eu vite fait de partir aux Etats-Unis, soit disant pour améliorer ton anglais. Et en septembre tu avais changé de lycée
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- Si, tu t’es barré parce que tes parents en avaient les moyens et tu nous as laissé nous débrouiller tout seuls face aux flics
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- On a tous été interrogé, qu’est-ce que tu crois. Mais comme le feu avait tout détruit ils n’ont trouvé aucun indice. Ils en ont conclu que ce devait être un coup des jeunes de la cité des Rosiers
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- Non, personne n’a accusé Mougam. La proviseur savait bien qu’il était honnête, hyper-consciencieux. Seulement lui il a ressenti cela comme un tel déshonneur qu’il s’est pendu dans la chaufferie du lycée.
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- Elles n’ont pas pu rester. La proviseur a pourtant fait tout son possible pour les garder mais la femme de Mougam ne pouvait pas assumer la fonction de gardien. Alors elles devaient quitter la loge. De toute façon, deux semaines a près la mort de Mougamr, un oncle (ou je ne sais qui) est venu les chercher. Elles sont reparties pour Calcutta. Un mois plus tard la proviseur nous a annoncé au début d’un cours que Isvari était mariée. Et puis on n’a plus jamais parlé d’elles.
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- Voilà les dégats que nous avons causés : Mougam, Isvari, cette fille si brillante et confiante, qui voulait faire sciences-po.
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- Alors, tu ne dis plus rien maintenant. Toi aussi tu as le vertige devant tout ce gachis ? Nous ça fait vingt ans qu’on vit avec . Et ça fait mal, ça nous rattrappe à l’improviste, ça nous agrippe, ça nous réveille la nuit. Ça vient brouiller nos meilleurs moments. Avec toujours ce sentiment d’impuissance et de désolation car tu vois, je n’arrive pas à me pardonner et la souffrance que je ressens toujours, je me dis que je la mérite,
Qu’elle n’est rien à côté de celle de la famille de Mougam, et alors elle me semble sans issue.
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- Je pense que les autres sont comme moi, qu’ils se débrouillent comme ils peuvent. Mais Alice, c’est à ce moment là qu’elle a commencé sa descente aux enfers. Elle a perdu pied. Elle n’a pas supporté tout ce qui arrivé. C’était comme si elle ne pouvait plus tenir debout. Elle n’avait plus de corps, plus de force, elle nous filait entre les doigts. On n’a pas pu la retenir. Et puis elle a disparu.
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- Non, aucune . Finalement, je me dis que si Alice veut raconter cette histoire, il faut la laisser faire. C’est sans doute ce qui peut lui arriver de mieux, ce qu’elle a trouvé pour se reconstruire, son issue à elle.
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- Ecoute Hervé, il y a vingt ans, tu nous as obligé à nous taire, pour éviter un scandale parce que ton père était ministre. Mais aujourd’hui tu ne recommenceras pas. Alors oui, je vais essayer de retrouver Alice. Mais pas pour la dissuader, au contraire, pour la soutenir et pour qu’elle sente que quoi qu’elle décide, je suis avec elle.
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- N’insiste pas Hervé, et ne me rappelle plus.
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