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Nom du blog :
verbes
Description du blog :
atelier du samedi matin, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
06.04.2007
Dernière mise à jour :
17.04.2008
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Laurence : Nouvelle pour Le Pecq

Laurence : Nouvelle pour Le Pecq

Posté le 14.06.2007 par verbes

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La Honte

«Alors, tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d'enfance »

Oui, il le faut. François doit se délivrer de ce secret de famille qui l’étouffe. Il est maigre. Il a les cheveux gris, les yeux clairs de sa jeunesse. Ses mains sans alliance sont sèches. Son pantalon est usé , sa chemise froissée. Son torchon tombant sur son épaule est suspect. Il a l’air si triste, si fatigué. Cela fait des années qu’il est là. Derrière le comptoir, derrière le bar. Pourquoi derrière ? Il lave les verres. Il remplit les verres. Il passe la serpillière. Ce geste, il le connaît par cœur. L’odeur du premier café chaud du matin n’a plus de mystère pour lui. Il a rencontré beaucoup d’hommes avec les mêmes histoires. Des histoires de femmes. Les femmes, les élégantes ne fréquentent pas son bar. Il n’a jamais trouvé la femme de sa vie. Une voyante lui avait pourtant prédit une vie avec une belle rousse. Les voyantes donnent l’avenir moyennant un bon repas chaud. Elles lisent les lignes de la main gauche, celle du cœur. Son cœur à lui, il est mort derrière les bières et le café.

Le café de sa grand'mère paternelle, de son père. L’appartement de sa vieille mère. Sa mère Agathe qui lui a donné la vie un jour ensoleillé du 25 Juillet 1957. Enfin, un petit garçon parmi toutes ses femmes : sa grand'mère Madeleine, sa mère Agathe, sa sœur Juliette. François était le roi parmi ses trois petites fées qui l’adorait. Son père René n’avait rien à dire. Il ne disait jamais rien d’ailleurs. Il était derrière son comptoir, et il nourrissait sa petite famille. Petite famille qu’il envoyait tous les ans en vacances à SAINT CYPRIEN où grand'mère Madeleine possédait une maison. C’était un enchantement pour François, le soleil, la mer, le port, les gâteaux de Madeleine.

Il avait douze ans quand il recueillit sa première petite chienne, Vanille. Elle était perdue, abandonnée. Agée d’environ deux ans, c’était une grosse mémère au pelage fleur de pêcher avec des gros yeux jaunes. Mélange d’un labrador et d’un chien de berger. Elle était si vive, si affectueuse, si intelligente. François la ramena à la maison, et grâce à l’intervention de grand'mère, ils rentrèrent à Paris avec Vanille.

La rentrée fut un choc. René avait disparut. Aucune lettre, aucune explication. Un jour, une semaine, un mois passèrent. René ne reviendrait pas, et les femmes se retrouvèrent derrière le zinc.
Grand'mère Madeleine était triste, François très inquiet. Il cherchait son père partout. Le jour de ses treize ans, accompagné de Vanille , il joua à l’inspecteur de police. Il lui fit sentir un vieux chandail de son père. «Cherche, Vanille, cherche mon papa !»
Vanille aboya, remua la queue, tourna sur elle même en dandinant du cul. Sans aucun succès.

A seize ans François était révolté devant l’indifférence de sa mère et de sa sœur face à l’absence du père. Pour lui, c’étaient deux grosses garces, et fainéantes en plus. Seule grand'mère Madeleine conservait tout son amour, mais elle n’était pas éternelle, et le chagrin de la disparition de son fils René l’avait anéantie. Elle mourut l’année des vingt ans de François. Sur son lit de mort, elle prononça ses derniers mots «la honte, mon petit, la honte».
- Quelle honte ? Explique-moi grand'mère.

Il fallait qu’il sache ; il fallait aussi qu'il travaille, et il fit connaissance avec la place derrière le bar. Entouré d’un chien noir «Ulysse», car Vanille avait rejoint grand mère Madeleine. Ulysse qui rassure par sa présence, il ne juge pas, il ne chuchote pas comme les voisins, il reste le confident qui aime François.
François interroge la clientèle de son père qui ne se souvient pas ou qui l'envoie sur des fausses pistes. Il est mort ? Parti à l’étranger ?
Avec une autre femme ? On abandonne pas une famille sans une bonne raison. Une raison, un sentiment, une passion. Pourquoi ce besoin soudain de repartir à zéro ? Il faut être si malheureux que rien ni personne ne peut empêcher la fuite vers un monde meilleur. La vie est si courte ! Quand le bonheur passe à portée de mains, il faut le saisir. Inutile d attendre cent ans pour faire ses bagages.

C’est un matin de printemps qu’il comprend quand il voit l’amour de son père avec un grand A. La passion que certains ne connaissent qu’une seule fois et d’autres jamais. L’amour a les mains fines, les yeux d’un bleu profond, une démarche naturelle dans son imperméable. Il traverse la rue d’un pas sportif, il entre dans le café.
Il doit parler à François, il commande un chocolat. Il s’appelle MARC.
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