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Nom du blog :
verbes
Description du blog :
atelier du samedi matin, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
06.04.2007
Dernière mise à jour :
17.04.2008
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Michel : Nouvelle pour Le Pecq

Michel : Nouvelle pour Le Pecq

Posté le 14.06.2007 par verbes

.
Le secret

"Alors, tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d’enfance."

Le repas d’anniversaire se termine, le café est servi et tout à la joie de fêter les vingt ans de Pierre, les convives sont heureux. Pierre à qui s’adresse la question est maintenant un homme, et toute la famille réunie en ce jour de fête connaît des éléments de réponse. Sa maman, une fille mère comme on disait à l’époque, l’avait abandonné et c’était les TROUBER qui l’avaient recueilli et lui avait prodigué tout l’amour que des parents doivent donner à leur progéniture. Enfant prodigue, Pierre avait grandi comme tous les enfants mais, dès l’âge de 10 ans, les premiers signes d’une mélancolie chronique étaient apparus. Bien que modestes, les TROUBER l’avaient amené chez les plus grands spécialistes pour déterminer la cause de son mal et surtout le soigner. Mais rien n’y avait fait.
Pierre qui, comme cela sied en de pareilles circonstances, est assis au milieu de la tablée entre grand père Roland et mamie Simone. Tous les regards se tournent vers lui, guettant ce qu’il pourrait bien raconter qu’ils ne savent déjà.
"Tout d’abord je veux tous vous remercier, les TROUBER, vous ma vraie famille, commence-t-il. Vous mes grands parents, vous aussi mes parents et toute la famille."
Bizarre comme introduction d’un message d’anniversaire ! Dans les familles traditionnelles, on ne remercie pas ses parents, on les aime et on leur montre tous les jours. Alors, pourquoi Pierre ressent-il le besoin de remercier son monde ?
Pierrot, son surnom affectif, continue son exposé. Il raconte les parties de pêche au bord de l’étang, les bêtises qui permettent aux enfants de se construire, et il se tourne vers Elisabeth pour lui déclarer sa flamme et lui demander en ce jour solennel de se marier avec lui.
"Mais, ajoute-t-il, il faut que je me confesse et que tu connaisses vraiment tout de ma vie. Car, vois-tu, Elisabeth, depuis 10 ans je ne vis plus." Les derniers mots réveillent ceux qui, l’alcool aidant, se sont assoupis.

"Je ne vis plus, car je sais tout ! Mon vrai nom n’est pas TROUBER. Je l’ai appris, une nuit où je n’arrivais pas à m’endormir. Je m’étais levé du lit et j’étais descendu. Mes parents regardaient la télévision dans le salon, et je fus saisi de stupeur quand Maman demanda à Papa ce qui m’arriverait si jamais il devait leur arriver malheur. J’entendis : "La famille nous remplacera comme nous avons remplacé ses parents." Mes jambes se mirent à trembler, ce moment je ne l’oublierai jamais, qu’est-ce que cela voulait dire."
"Je remontais dans ma chambre et gambergeais toute la nuit, et les nuits suivantes. Maman dut s’apercevoir de quelque chose, car elle me questionna plusieurs fois, pour vérifier que tout allait bien ; moi j’étais décidé à donner le change, mais de temps à autre je tombais dans une mélancolie profonde, noire comme le sont les tunnels ; on se demande quand on en verra la fin. Je ne vous en veux pas, les parents ; vous m’avez aimé comme il n’est pas permis d’aimer. Souvent, j’aurais aimé vous en parler, mais les mots ne sortaient pas ! Alors telle une huître, je me refermais dans ma coquille. Jusqu’à mes dix huit ans, où je fis le serment de retrouver mes racines."
"Ma quête de la vérité débuta par la mairie, demandant à voir les registres d’Etat Civil. M’inscrivant dans une association, frappant à toutes les portes qui se refermaient les unes après les autres, j’activais tout ce qui pouvait être activé. Les pistes se terminaient toutes en impasse, mais jamais je ne fus découragé."

Les convives ont les larmes aux yeux. La jeune Elisabeth s’est levée pour se rapprocher de Pierre et lui serrer affectueusement la main. Les parents osent à peine lever les yeux ; quant aux grands parents, ils sourient, comme soulagés !
Pierre continuait à conter sa quête. Faisant face à sa famille, il dit comment grâce à un concours de circonstance, il fut mis sur la piste par une connaissance d’une amie. Sa mère était la serveuse du bar tabac librairie, mais elle avait quitté le village voilà trois ans.

Pierre boit une gorgée d’eau pour s’éclaircir la voix. Tout le monde attend la suite. "Il m’en a fallu du temps pour retrouver Muriel, ma maman, celle qui m’a transmis mon ADN. Elle vit à la ville, et quand elle m’a ouvert la porte de son appartement, elle a tout de suite compris. Malgré toutes ces années, on s’est embrassé comme si on ne s’était jamais quitté. Elle m’a dit les difficulté des filles mères dans les années soixante-dix, la peur du qu’en dira-t-on, l’abandon de son enfant, son incapacité à subvenir à ses besoins, les TROUBER en mal d’enfant. Une chape de silence avait alors recouvert le secret."

Les visages des TROUBER se décomposent au fur et à mesure du récit. La fête tourne au désastre ; ce qui devait être la réjouissance de toute une famille tourne au règlement de compte. Ce que personne n’avait voulu voir ou savoir leur était révélé avec force et passion.

"Car, voyez-vous, muni de quelques informations diffuses données par ma mère naturelle, tout me ramenait vers cette famille. Car mon père se trouve dans cette salle. Il a aujourd’hui une chance, celle de me dire en face, je suis ton père."

On entend une mouche voler.
Personne ne prend la parole, alors Pierre regarde dans la direction de son grand père, lui demande pardon ! Et lui dit ces mots que personne ne voulait entendre : PAPA.

Le grand père rougit, transpire, pâlit et est pris d’un grand éclat de rire. Toute famille a son secret, mais celui-ci, il aurait voulu l’emporter dans sa tombe.
La seule réaction sensée qu’il pouvait avoir était de quitter la salle. Il la quitta.

La mort de Roger TROUBER fut annoncée dans les journaux quelques jours plus tard. Il fut enterré dans la plus stricte intimité, accompagnée de sa seule famille. Pierre s’abstint de venir.
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