Posté le 18.02.2008 par verbes
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Je suis petite et un jour, j’ai découvert un objet à ma portée. Cet objet était posé par terre sur la moquette dans la chambre. La chambre est interdite mais l’attirance était trop forte. Je renifle cette boule de laine.
Il ne s’agit pas d’une boule mais elle est en laine, c’est sur. Elle est de couleur rose. Je pose une patte sur cette matière douce. Je m’allonge pour la surprendre mais elle est inerte. Je croque dedans et je m’aperçois qu’elle se déplie ; elle s’allonge. Elle mesure environ quinze centimètres de long et forme un coude au milieu. J’ai déjà vu mon maître envelopper son pied et son mollet dans cette chose. Les humains ont des idées bizarres. Je préfère courir derrière les lièvres sans emprisonner mes pattes. Je renifle encore et je découvre l’odeur de ma petite maîtresse. Je dois voler ce vêtement. D’un vif coup de gueule, je l’embarque dans mon panier. Tu es à moi, maintenant, je peux te faire tourbillonner sur mon nez. Qu’il est agréable de jouer avec du coton par ce temps de chien. Comble du délice, je pose mon oreille sur elle et je m’endors paisiblement dans les pieds de ma jeune maîtresse.
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Posté le 20.01.2008 par verbes
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LE QUOTIDIEN QUOTIDIEN
... jusqu'à ce qu'une vielle femme le trouve, le lise et le repose, transformé en un tas de feuilles imprimées. Elle se ravise et l'emporte et, chemin faisant, elle s'en sert pour envelopper un demi-kilo de blettes, ce à quoi servent tous les journaux après avoir subi ces excitantes métamorphoses.
ECRASEMENT DES GOUTTES
...Mais il y en a qui se suicident et se rendent tout de suite, elles naissent du cadre et se jettent aussitôt dans le vide, il me semble voir la vibration du saut, leurs petits pieds qui se décollent et le cri qui les grise dans ce néant de la chute et de l'écrasement. Tristes gouttes, rondes gouttes innocentes. Adieu, gouttes adieu.
HISTOIRE VERIDIQUE
... il laisse à nouveau tomber son étui, par mégarde ; il se penche sans inquiétude et s'aperçoît que ses lunettes sont en miettes. Il a besoin d'un bon moment, ce monsieur, pour comprendre que les voies de la Providence sont impénétrables et qu'en réalité c'est à présent qu'a eu lieu le miracle.
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Posté le 20.01.2008 par verbes
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« Pour s’instruire ou se divertir, découvrir le monde ou le passé, se jouer du temps et de l’espace, notre siècle dispose d’un outil prodigieux. Léger, de faible volume, extraordinairement maniable et mobile – au point qu’on peut le qualifier d’objet nomade par excellence – il se branche sur l’énergie la plus naturelle qui soit : celle de son propre utilisateur. Et si son emploi suppose une certaine logique, nul besoin de logiciel. Mieux encore, il est autosuffisant. C’est son usage même qui, sans cesse, entretient et perfectionne les processus qui le fait fonctionner. Cette petite merveille d’ingéniosité technologique s’appelle un livre. » Jean-Louis Lisimachio, P.-D.G. de Hachette Livre, 28/11/98.
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Posté le 15.12.2007 par verbes
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Qu’est-il devenu ?
Je revois sa silhouette et le hall de l’école. Comment l’appelait-on déjà ? Par un curieux mélange de déférence et de familiarité. Pourquoi appelle t-on un moine par son prénom ? D’ailleurs était-ce son vrai prénom ? On disait seulement Père Aubert. Il tenait les fonctions d’économe et de surveillant. Quelquefois même d’infirmier. Le reste du temps, il était bénédictin dans l’Abbaye juste à côté de l’école de métiers d’art où j’étudiais.
D’allure élancée, sportive, il portait bien la soutane. Je me souviens de son visage régulier aux traits fins, de ses cheveux coupés en brosse et de son regard franc. Un tableau de la Renaissance par bien des aspects.
Il devait avoir trente ans, nous la moitié. Au milieu de notre chahut bien insouciant, il avait une attitude qui me semblait alors curieuse, et à présent pleine de sagesse.
Dans cette école, nous portions un uniforme, simple qui ne manquait pas d’élégance. Un pantalon bleu, une veste marron en velours côtelé. Notre comportement lui ne portait pas toujours l’uniforme, ni le conforme. Un jour après la récréation pendant laquelle nous avions, encore une fois, tâté de la nicotine dans les toilettes, le signal de la cloche rappela notre classe dans le grand hall de pierre grise pour l’appel. Bien en rang, nous reprenions notre souffle. Un de nos camarades se mit soudain à se frapper la cuisse avec insistance. Il rougit devant le Père Aubert qui l’observait calmement. Il s’éclaircit la gorge avant de dire en bégayant « Excusez-moi mon Père, elle était pas bien… éteindue ! » Toute notre bande se mit à rire, partagée entre ce bon mot et la crainte des représailles.
Le Père Aubert ne dit rien, il nous regarda un moment en silence avant de nous laisser aller en classe. C’est ce regard qu’il posait sur les êtres, un regard en forme de question dont je garde le souvenir. Pas de colère, de l’amusement même à l’occasion, pas de laxisme non plus. Un miroir que je trouve aujourd’hui d’une redoutable portée pédagogique.
Nous passions par toutes les turbulences de l’âme, le Père Aubert représentait un îlot paisible. Un questionnement bienveillant qui ne jugeait pas. Goethe disait à propos de l’observation scientifique, « Observer sans juger est la plus haute forme d’intelligence. »
Je m’étais pris de passion pour le matériel scolaire et en particulier pour les gommes et les crayons neufs que je collectionnais avec passion au point de gonfler outrageusement ma note de fournitures scolaires. Mes parents reçurent un courrier, à l’écriture élégante finement ciselée, qui cherchait à savoir d’où me venait cette passion de collectionneur pour des objets tous semblables.
La réponse fut immédiate, mon compte de fournitures très surveillé. Ma tendance était une peu héréditaire, mon père ne dédaignait cette manie d’accumuler, avec toutefois une différence de taille : il collectionnait des objets variés et gratuits, comme les emballages par exemple ou les affiches. Je fis tout pour que mon remords fut visible. Il n’y eut pas besoin d’autres sanctions.
Repensant à ses observations silencieuses, je mets des mots sur ses silences, il aurait pu vouloir dire.« Est-ce bien utile ? » et bien souvent « Quand comprendrez-vous bientôt cela ? », ou encore : « A quel moment trouverez-vous juste d’arrêter de faire du bruit ? »
C’est peut-être de cette époque que je tiens cette admiration si prononcée pour les ascètes modernes. De ceux qui ont l’air transparents, qui ne réclament rien, qui n’ont rien envie de posséder, qui ne s’agrippent pas, laissant autour d’eux des impressions fugitives plus que des empreintes. On en trouve tout près de nous. Il n’est pas nécessaire de gravir l’Himalaya, ils passent en costume repassé, avec des chaussures cirées.
Apprentis en sagesse, nous ne cessions pas de nous agiter. Avons-nous par nos assauts incessants réussi à ébranler la forteresse intérieure du Père Aubert ? Il me revient quelques épisodes.
Lors d’un voyage artistique en Italie nous avions visité des catacombes contenant un grand nombre d’ossements. Quelques camarades affectueux avaient voulant rapporter à leur famille un petit souvenir… s’étaient remplis les poches.
Le soir même, la bonne sœur responsable du lieu, s’étant probablement livrée à un inventaire, est venue dans notre auberge de jeunesse pour voir le Père Aubert et réclamer son dû. Quelques tibias et autres reliques sont retournés dans le sous-sol, et puis quelques-uns ont trouvé des cachettes inattendues. Malgré le fait qu’il y ait prescription, il n’y aura plus ici de dénonciation. Le père Aubert avait froncé les sourcils, et pris par mes idées squelettiques, je n’avais pu m’empêcher de penser à sa belle boîte crânienne.
Un autre épisode concerne un couple de personnes, d’un certain âge, qui nous avait accueilli dans cette bonne ville de Namur pour une période scolaire. Le Père Aubert logeait avec nous. La dame fort enveloppée qui cuisinait bien et riche, avait pour sujet de prédilection le prix des fruits et légumes. A la fin de chaque repas elle venait donc nous faire jouer à une sorte de juste prix à la belge, qui provoquait un délire de chiffres qui amenait le Père Aubert rire. Le mari de la dame préférait, quant à lui, les sujets plus virils. Pendant que madame fronçait les sourcils il nous parlait de sa vie de jeune homme amoureux. Sans égard pour notre moine surveillant qui ne bronchait pas, il finissait toujours ses confidences en avouant tout bas « J’ai encore le fusil, mais j’ai plus les balles ! ». Ces propos qui résonnaient bizarrement à nos oreilles de jeunes gens fringants. Les français ignorent tout de l’humour belge en Belgique. Maintenant que je marche avec une canne et que ma vue baisse, je préfère cette autre évocation de l’âge, entendue dans une brasserie belge « La vieillesse c’est une déplacement des … raideurs. »
Autre souvenir, à l’école, cette fois. Comme dans tous les pensionnats, le début des vacances trimestrielles est l’occasion de nombreuses allées et venues. Un jour de décembre Bernard, un mes camarades de classe, attendait sa grande sœur qui devait l’emmener en voiture, nous étions tous les deux assis sur le grand banc de bois. Je ne partais que le lendemain. Nous parlions de chose et d’autre. Le Père Aubert distribuait ses adieux à ceux qui partaient. L’ennui et l’impatience guettaient.
Et elle est arrivée. O fragilité de l’adolescent que j’étais. Un mélange d’élégance et de légèreté, glissant sur un nuage parfumé. Image biblique que j’affectionnais dans cette ambiance abbatiale, elle avait le regard joyeux et les cheveux bouclés. Une beauté sans artifices qui gommait les adjectifs. Comme la mélodie poignante qu’un violoniste en état de grâce aurait déroulé dans le grand hall. Je devais avoir l’air tétanisé. Aah ! pauvre de moi.
« Iris, quelle joie de te revoir ! » cria mon camarade, courant vers elle pour l’embrasser.
Après avoir repris un semblant de respiration normale, je regardais le Père Aubert qui avait souri à la nouvelle arrivante. J’essayai d’imaginer si son pouls était resté stable. Quelle illusion. L’expression de son visage ne laissait rien deviner. La belle l’a un moment enveloppé du regard, lui s’est montré content, comme à la vue d’une fleur qui éclot dans un jardin, puis s’en est allé à ses aimables adieux. J’aurais voulu paraître comme lui imperturbable, j’en étais loin.
Les yeux bleu pâle d’Iris ont alors glissé sur moi. Le souvenir m’est resté de ce que j’éprouvais alors : mon corps s’est durci comme une statue, seuls mes yeux ont aspiré ce regard. Mes pensées sont restées figées dans un magma épais, mon vocabulaire s’est réduit à une seul syllabe « Bon… »
Bernard sans le savoir m’a tiré de cet instant critique. « Jean-Marie, tu peux m’aider à descendre mon sac ? » Je tournais la tête vers lui, soulagé. « Boui, si, si tu beux » dis-je.
Un main sur mon épaule me fit tourner la tête de l’autre côté. C’était le Père Aubert. Pourquoi ressemblait-il soudain à un médecin urgentiste ? « C’est gentil Jean-Marie d’aider votre camarade » dit-il d’une voix douce.
Les couloirs me parurent si larges et si longs, marchant dans les effluves de Vétiver, mes pensées sont lentement revenues, en désordre. Puis tout s’est grippé : des images mentales d’abord malmenées dans un ouragan, puis en morceaux. Les couloirs si familiers me paraissaient peuplés d’étranges créatures, sortant de l’ombre, mélanges improbables d’animaux préhistoriques mi-aquatiques mi-terrestres, beaucoup d’écailles et des yeux vert bouteille.
Je leur tranchai la tête et leur transperçai le cœur avec mon épée rutilante faisant de grands moulinets avec les bras et Iris me regardait éperdue d’admiration, pendant que mon cheval hennissait d’impatience comme s’il voulait aussi en découdre.
« Tu vois Iris, c’est juste là que nous dormons ! » annonça Bernard ! Quel rabat joie !
D’un autre côté, il a eu raison de me calmer. Un bruit de pas derrière moi me fit me retourner, encore lui, il avait son visage impassible avec un petit air de psychiatre que je ne lui connaissais pas. Il opta une autre stratégie, « Merci Jean-Marie, vous pouvez aller dans la cour de récréation je m’occupe des bagages. » J’avais craint pour l’équilibre monacal du Père Aubert devant cette jeune personne, j’aurais dû m’inquiéter pour moi-même.
En réalité, c’est moi qui n’ai jamais été bien éteindu !
Pendant deux ans, nous avons connu ce moine singulier, nous l’avons observé, éprouvé, puis, changeant d’école je l’ai complètement oublié.
Bien des années plus tard, j’ai voulu savoir ce qu’il était devenu. Il avait quitté l’Abbaye. Pour quel endroit ? le savait-on ? Non ! « A propos, me dit un frère bénédictin, il n’est plus moine, il s’est marié ! »
Quelques recherches vaines. Aucune trace de lui dans les annuaires. Difficile de l’imaginer en civil, dans sa nouvelle vie, prenant le métro et faisant ses courses. Quoique.
Mais que fait-il ? Comment est-il devenu ? Connaît-il les vertiges de la passion ? A t-il revu Iris ou d’autres, aussi belles ?
Ou a t-il plus sagement décidé de troquer les jeunes élèves agités que nous étions pour des adultes plus fréquentables, afin de leur offrir ses interrogatoires silencieux ?
Les bienheureux.
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Posté le 21.10.2007 par verbes
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LE JARDIN
Le rideau de dentelle, encadré par les double-rideaux à rayures rouges et blanches, masque à peine le jardin soigneusement entretenu, devant la maison d'à côté où bouleaux, forsythias, laurier-rose voisinent avec les géraniums, roses, lilas, lauriers-sauce, visités par les rouge-gorges, pies, pigeons, qui se désaltèrent dans le bassin, domaine des poissons rouges, convoitise des chats qui les observent et tentent, d'une patte hésitante, plongée dans l'eau dont le contact les rebute, de les saisir pour en faire leur repas, avant que le jardinier, qui surveille jalousement ses plantations, les fasse fuir en tapant dans ses mains, ou en leur jetant un seau d'eau par sa fenêtre, pendant que de leur côté les grappes de raisin se forment, donnant bientôt des fruits goûteux que les oiseaux voraces viendront grapiller en commandos, ce qui ne m'empêchera pas d'en cueillir suffisamment, pour faire des confitures à faire goûter à mes invités le moment venu, tout en profitant de l'odeur des lavandes qui, dans un vase posé sur l'étagère, à l'instant, embaument mon bureau et me ramènent des années en arrière, en Provence, dans le petit village où nous avions notre gîte entouré de platanes.
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Posté le 21.10.2007 par verbes
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LA VISITE
Voyager seule. Quel bonheur de se retrouver dans un monde inconnu !
Le ciel est encore sombre, la lune éclaire peu. A main droite on devine les remparts du château et la grande porte de fer, entrée du personnel de la base navale.
Plus loin, les rues désertes, les cafés, les brasseries fermés sont faiblement éclairés par les lumières de la ville.
Mes pas résonnent. J'essaie de faire le moins de bruit possible. Je viens de tourner le dernier coin de la rue. Je vois maintenant les bateaux dans le bassin Vauban. L'énorme, l'impressionnant remorqueur attend, à quai, toutes ses ampoules allumées. Près de lui, tout blanc, le navire océanographique protégé par des barrières.
Enfin, j'aperçois l'embarcadère d'où la navette assure de transport des passagers entre le continent et l'île. Déjà, quelques personnes munies de bagages et de paquets s'apprêtent à monter dans la cabine. Mon tour est arrivé. Ah ! Voir cet endroit mythique qui m'intrigue, ces rochers à pic sans cesse battus par la mer, ces prairies bien vertes parsemées de taches blanches couvertes de laine et qui se déplacent, ces petites maisons basses derrière des murets de pierre sèche avec leurs petites fenêtres éclairées. Que de secrets cachent ces murs ! Que de légendes et d'histoires dramatiques se sont déroulées en ces lieux racontés le soir à la veillée !
Mais le bateau arrive. Le jour s'est levé. On aperçoit le quai. Les passagers montent sur le pont. Le site rejoint mes rêves. J'ai hâte de retrouver mon amie, de créer la surprise, de tenir ma promesse de lui rendre visite. Tiens, voici son frère.
- Ah ! bonjour Hervé. Je viens voir Paule.
- Paule ? Vous ne savez donc pas ? Elle est à l'hôpital sur le continent.
- A l'hôpital ? Est-ce grave ?
- Non, rassurez-vous, juste un petit problème.
- Ah ! tant mieux.
Tous mes projets tombent à l'eau si l'on peut dire. Que d'espoirs déçus ! J'aurais dû téléphoner avant de venir.
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Posté le 21.10.2007 par verbes
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LA RENCONTRE
La première fois que j'ai rencontré mes futurs beaux-parents c'était en 1969. J'avais donc 23 ans. Je n'étais jamais allée en Bretagne, à Brest plus exactement, le « bout » de la Bretagne, l'extrémité de la France. Pour moi, c'était l'aventure.
Nous avions pris le train à la gare Montparnasse. Pendant le trajet je posais des questions à mon ami sur la région, son enfance, sa famille, ses parents et j'essayais de me souvenir de tout ce qu'il m'avait raconté auparavant.
Le voyage était très long, avec de nombreux arrêts. Mes sentiments étaient difficiles à définir, mêlant l'excitation du voyage et en même temps voulant retarder le moment de la rencontre.
Enfin, dans l'après-midi nous étions arrivés à la gare de Brest d'où un taxi nous avait transportés rue de Poul-ar-Bachet. Drôle de nom m'étais-je dit. J'ai appris par la suite que c'était la rue du lavoir.
Mon ami avait sonné à la porte qui s'ouvrit tout de suite. Ses parents, aussi impressionnés que moi, s'avancèrent. Je vis d'abord sa mère, toute petite, attendrissante, ridée comme une petite pomme. Derrière elle se tenait son père, souriant mais stricte comme un ancien officier de marine.
Nous entrâmes dans une pièce ensoleillée où une collation avait été préparée. Attablés tous les quatre il me semble que nous étions bien et heureux. La gêne du début avait disparue et la conversation fut animée et variée. Ma crainte de la première rencontre avait disparue. Plus tard, quelques courses en ville et échanges de cadeaux avaient terminés cette journée, prélude à beaucoup d'autres.
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Posté le 21.10.2007 par verbes
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LA PRESENTATION
En fin de soirée la sonnerie du téléphone retentit.
« Allo ! Bonjour Gérard ! C'est papa. Je t'appelle pour te dire que ton frère viendra nous voir le week-end prochain pour nous présenter son amie. Nous aimerions que tu sois présent lors de cette rencontre.»
Ah ! Mon frère a une amie. Je n'étais pas au courant. D'où vient-elle ? Quel est son nom ? Quel âge a-t-elle ? Je suis intrigué. Je l'imagine ... voyons ... petite ? grosse ? maigre ? blonde ? brune ?
C'est le grand jour. Papa et Maman sont prêts depuis longtemps. Ils sont dans l'attente, un peu nerveux. Papa marche de long en large. Tiens, il a mis son gilet gris tout neuf ; il veut faire bonne impression. Maman, dans la cuisine, surveille leur arrivée par la fenêtre. Elle s'assoit et se lève au moindre bruit. Elle porte ses habits du dimanche. Quelle mise en scène mon dieu pour quelqu'un qu'on ne connaît pas ! On ne la reverra peut-être même pas.
Enfin, on entend le bruit de la sonnette. Les parents ouvrent la porte. Ils sont émus, intimidés. Je reste en arrière, je ne suis pas pressé moi. Je l'aperçois. Bof ! Pas génial. Rien de marquant. Mon frère semble très amoureux, ça lui passera. J'ai déjà connu ça. Elle est intimidée. Elle me sourit, me fait la bise. Je n'ai pas le choix, je fais la bise aussi.
Assis autour de la table, la conversation s'engage. Ah ! Il l'a connue pendant les vacances il y a quelques mois seulement. Elle habite en banlieue parisienne. Elle travaille à Paris. Ses parents sont retraités. Banal ...
Tiens, elle aime la peinture et la musique. Ah ! Voilà qui m'intéresse. On pourrait visiter la galerie en centre ville ou aller au concert. Qu'en pensera-t-elle ? Je vais lui proposer pour voir. Et mon frère ? Il viendra peut-être aussi ? On verra bien. Pas si mal en fait. Papa et Maman sont aux anges. Tant mieux, on la reverra peut-être.
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Posté le 21.10.2007 par verbes
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LA DECISION
Juin. La date de la décision ultime est arrivée. Inutile de tergiverser, il faut se décider. Quelle est la bonne décision qui engagera son avenir ? Pourra-t-elle être reversible ? Un vrai dilemme.
Cette dernière année scolaire s'est mal passée. Mal commencée avec ce boycott des cours du professeur de français mal adapté à ce poste. Les élèves se sont trouvés destabilisés par cette ambiance.
Maintenant son passage en seconde au lycée est compromis. Nous allons sans doute faire appel. En échec scolaire ses capacités pour le dessin et la peinture se sont accrues. Une seconde « Dessin » en lycée professionnel est proposée. Pour quel projet professionnel ? Nous la sentons perdue, rejetée du collège.
Enfin, une porte de sortie s'entrouve. Une séance d'admission en « décoration sur objets en céramique » est organisée en Seine et Marne.
Après différents transports, nous sommes en vue du lycée. Endroit campagnard, agréable à première vue. Nous prenons la file d'attente. Les élèves entrent au fur et à mesure. A travers la porte on entend parfois quelques rires. Son tour est arrivé. Le temps s'écoule. Oui ça c'est bien passé. Elle est admise. Ce sera l'internat la semaine et retour pour le week-end. Elle est d'accord. Elle est encore bien jeune pourtant. Ces cours généraux et de dessin et cette ambiance vont changer sa vie.
Premier retour à la maison. Déception : les cours généraux sont trop faciles, elle s'ennuie, elle perd son temps. En complément, elle prendra des cours par correspondance pour les matières générales.
Dès le début, nous doutons. Etait-ce la bonne solution ? Trop tard pour changer. D'ailleurs, elle s'habitue. Deux années ont passé ainsi. Après le CAP facile, les professeurs lui proposent de continuer, BEP, Bac pro, c'est Non.
Elle a fait une rencontre. Conseillée, elle s'inscrit à Nanterre pour préparer une capacité en droit. Première année bonne. Puis, elle se marie et là les déménagements commencent, elle navigue à droite et à gauche. Elle ne peut pas poursuivre ses études. Aux dernières nouvelles, un autre déménagement se prépare. Le tour de France peut-être ? Ce doute, cette remise en question perpétuelle resteront toujours en nous. Quel gâchis !
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Posté le 18.06.2007 par verbes
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Souvenirs assassinés
« Alors, tu vas vraiment faire ça? Evoquer tes souvenirs d'enfance ». Immobile devant le kiosque à journaux, Marc regarde cette phrase, prélude aguicheur d'un article consacré à un jeune acteur. Il hausse les épaules, se retourne et entre dans la gare déserte. A cette heure avancée de la nuit, un silence étrange, angoissant, l'envahit lorsqu'il s'avance sur les quais. Quel hasard l’a conduit jusqu’ici ?
Il marche seul, d’un pas pesant, les épaules courbées, la tête enfoncée dans la capuche de son blouson, les poings serrés au fond des poches. Il marche au bord des rails. Vers quelle destination ? Il n’en sait rien. Il se laisse porter sur ce chemin. Un pas devant l’autre, il avance.
Sa vie est ainsi : semblable à ces voies de chemin de fer dont les traverses se croisent, se coupent, se chevauchent parfois, s’évitent, s’écartent et partent au loin, chacune vers sa destination, abandonnant alors toute possibilité de se rejoindre un jour.
Perdu dans ces pensées, enfermé dans son monde intérieur, il rêve, il imagine ce qui aurait pu être mais ne sera jamais. A force de ne jamais choisir, de ne jamais décider, il s’est perdu. Il ne sait pas où il va, il ne sait plus qui il est mais une force incontrôlable l’a poussé ce soir à partir. Une parole malheureuse, un geste vif, un manque d'attention, les petits riens du quotidien lui sont devenus insupportables. Envie de fuir. S’éloigner le plus possible. Oublier l’hôpital et ses couloirs austères. Ne plus sentir l’éther qui lui brûle les entrailles. Cesser d’entendre ces voix qui hurlent dans sa tête et ne plus voir enfin toute cette misère morale.
Il va de l’avant et qu’importe le lieu. Lentement, dans la nuit, il avance sans bruit et cette marche au hasard lui redonne l’espoir. Levant la tête, redressant son corps lourd, dans cette obscurité il cherche son destin. Les larmes qui coulent tout à coup sur ses joues emportent dans leurs flots sa souffrance et sa peine. Dans ses yeux délavés par ce torrent violent, la lueur qui s’allume éclaire son horizon. Il reprend confiance en l’avenir. Sa démarche s’affirme, son rythme s’accélère. Il laisse sur les rails son chargement de douleur et de haine. Il s’allège du poids des souvenirs trop lourds. Cette liberté, surprenante et nouvelle, vient récompenser son courageux départ.
Une phrase oubliée s’inscrit dans son esprit et se révèle à lui comme une brusque évidence. C’était à cette époque où, rongé par ses démons, l’alcool était devenu son unique réconfort. Nuit et jour, il traînait dans les bars, dormait dans la rue, sale comme un clochard. Au fond de sa mémoire, il revoit cette fille, jeune bénévole de la Croix Rouge. Elle s’est assise près de lui, a pris sa main et l’a serrée, comme pour lui insuffler un peu de sa force. Ils ont parlé, quelques mots hésitants d’abord, puis le reste est sorti, comme ça, sans prévenir. Il a tout déballé à cette inconnue, sans pudeur, sans retenue. Lorsqu’elle est partie, elle lui a dit : « ce n’est pas le hasard qui construit ton destin, c’est ce que tu en fais qui est déterminant ».
« Ce que tu en fais ! ». Bien sur ! Il s’arrête soudain, se retourne, aperçoit la gare faiblement éclairée. Il revient sur ses pas, décidé cette fois à aller où il veut et non plus où il peut.
Quatre heures du matin, les guichets sont encore fermés. Il consulte les panneaux d’affichage. Où peut l’emmener le premier train ? Milan, départ à cinq heures trente ! Impeccable ! Il s’assied sur un banc, allume une cigarette et attend, enfin apaisé.
Sans doute a –t-il dormi un instant car les voix des agents qui arrivent en groupe le font sursauter. La vie reprend autour de lui. Les lumières s’allument, les rideaux de fer se lèvent. Dans le petit bar, près de la salle d’attente, l’odeur du café et des croissants frais vient chatouiller ses narines.
Conscient tout à coup de la faim qui lui serre l’estomac, il fouille ses poches, à la recherche de quelques pièces et s’approche du comptoir. « Un grand crème et deux croissants, dit-il au serveur. » Celui-ci se retourne, le regarde étonné et s’exclame :
- Marc ! ça alors ! Qu’est-ce que tu fous là ?
- Bonjour Pierre, comment vas ? répond-il.
- Super. Mais, et toi … j' te croyais à ……
- Et bien non, comme tu vois, j' suis sorti.
- Et tu pars où ?
- A Milan, par le premier train. Désolé mais j' suis pressé, j' dois encore prendre mon billet.
- T’inquiète, à cette heure c’est tranquille. Ecoute, vas chercher ton billet, pendant c' temps j' te prépare un solide p'tit déjeuner qui va t' requinquer. T’as pas bonne mine tu sais.
- Merci. Bon, à tout de suite.
- C’est ça, à plus ! »
Marc s’éloigne. Quelle barbe cette rencontre ! Comment faire pour se débarrasser de ce gêneur plein de bonnes intentions ? Certes Pierre a été son ami d’enfance, certes ils ont partagé ensemble leurs plus grandes bêtises, leurs meilleurs fous rires, mais c’était il y a si longtemps ! Ils avaient douze ans lorsque leurs routes se sont séparées brutalement. Marc n’a pas envie de connaître le Pierre d’aujourd’hui avec sa petite vie, sa femme, ses enfants, son café de la gare. Il prend son billet, paie avec sa carte bleue et retourne au café.
« Alors comme ça tu pars à Milan ? Questionne Pierre.
- Hé oui.
- T’as trouvé du travail là bas ou t' y vas pour le plaisir ?
- Heu…
Marc réfléchit au prétexte qu’il pourrait invoquer pour répondre à ce curieux.
- ... je suis sur un projet dont je n'peux pas encore parler, dit-il.
- Quel genre de projet ?
- Excuse-moi Pierre, mais c’est vraiment confidentiel pour l’instant. Répond Marc.
- Ha, ok ! Je n' voulais pas être indiscret, c’est juste que j' trouvais étonnant que tu partes là-bas par le premier train. C'était pas dans tes habitudes autrefois d’être si matinal !
- Bin tu vois on change. Bon allez j’y vais. Merci pour l'café et ravi d't’avoir revu.
- Salut Marc ! Bon voyage ! ».
« Le train express à destination de Milan entre en gare, quai C, voie une, éloignez-vous de la bordure du quai s’il vous plait ».
Marc se dépêche, pressé de quitter cette ville et tout ce qu’elle lui rappelle. Il ne connaît pas Milan, il ne parle même pas Italien, il n’a strictement rien à faire là-bas et c’est justement pour ça que cette destination lui convient.
Le train s’arrête dans un soupir. Marc monte, s’installe dans un compartiment vide. Il enlève son blouson, le roule en boule pour s’en faire un oreiller et s’allonge sur la banquette. Le train repart poussivement avant d’atteindre sa vitesse normale. Marc s’endort bercé par le rythme des roues sur les rails.
Il dort d’un sommeil lourd, sans rêve, sans ces affreux cauchemars qui le hantent depuis tant d'années. Il dort comme un enfant, apaisé, relâché.
Le jour se lève. Le soleil qui monte dans le ciel révèle une lumière dont la caresse vient réchauffer son corps abandonné. Marc s’étire, courbaturé par la position inconfortable qu’il avait prise. Il ouvre les yeux, et s’étonne de se retrouver dans ce wagon.
Que s’est-il passé ? Que fait-il là ? Impossible de se souvenir ! C’est comme si pendant plusieurs heures il avait été absent de lui-même pour se retrouver là, tout à coup, à reprendre conscience avec la réalité. Hier encore, il était dans sa chambre d’hôpital, abruti de médicaments divers aux noms impossibles à prononcer, aux effets multiples, contradictoires aussi parfois : calmants, excitants, somnifères. Maintenant le voilà dans ce train qui roule Dieu sait où. Entre ces deux instants, rien, le vide, le néant. Il a l’impression d’avoir été téléporté jusque là, indépendamment de sa volonté.
Le train vient de stationner. Il se précipite pour descendre. Il remonte le long du quai. Sur le panneau indicateur, il découvre le nom de la ville dans laquelle il débarque : Menton ! Quelle coïncidence !
Le mensonge est son moyen de survie. Un compagnon, un garde du corps, un rempart, un mur. Il l'accompagne, le protège, l'entoure, le sécurise.
Menton sera son abri. C'est une évidence !
Marc sort de la gare, allume une cigarette, observant autour de lui la ville qui s'éveille. Il est là, sur ce trottoir, comme suspendu entre deux mondes, hésitant à avancer vers l'inconnu.
Sur sa droite, le kiosque à journaux vient de s'ouvrir.
Marc s'approche pour regarder les gros titres affichés dans la vitrine : « Irak : nouvel attentat sanglant » - « Grève à la SNCF : demain le trafic sera fortement perturbé » - « Violences conjugales : tous les 2 jours en France, une femme meurt sous les coups de son compagnon » - « Alors tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d'enfance ». Il reste là, immobile, tétanisé, comme hypnotisé par ces mots. Fermant les yeux, il part chercher au fond de lui ce petit garçon qu'il a été il y a vingt ans, il y a un siècle, il y a une éternité. Telle une déferlante, remonte en lui le souvenir de ce jour maudit où tout a basculé. Ce jour terrible où toute son enfance a sombré dans un trou noir. Il a douze ans, l'âge du collège, de l'insouciance, des premiers émois. C'est un samedi comme les autres. Le matin, il est allé au foot. Après le déjeuner, cours de solfège. Pas passionnant mais, comme dit sa mère : « c'est indispensable pour apprendre la guitare ». Les devoirs ensuite, vite expédiés. La journée tire à sa fin. Il est dans sa chambre, allongé sur son lit. Il dévore une bande dessinée, un Manga peut-être ? La radio de sa mini chaîne diffuse des tubes branchés. Un hurlement venant de l'escalier le fait sursauter. Il bondit de sa chambre, se penche par dessus la rambarde, découvre l'horreur. Ses yeux s'écarquillent, son coeur explose dans sa poitrine, ses jambes tremblent. Il crie. Son père se redresse, jette le couteau avec lequel il vient de frapper et s'élance hors de la maison, sans un regard pour son fils. La suite ressemble à un long cauchemar. Marc se porte au secours de sa mère. Dans un souffle, elle le supplie d'aller chercher de l'aide. Il court dans la rue, aveuglé par les larmes, ne sachant ni où aller ni à qui s'adresser. Il répète inlassablement « non, non, non, non .... ». Comme si ce mot avait le pouvoir d'effacer ce qu'il vient de voir. Il tombe dans les bras d'un ami, d'un voisin. Bredouillant, haletant, il tente d'expliquer l'inconcevable. Ensemble ils se pressent de retourner vers la maison. Sur le trottoir, devant chez lui, c'est l'attroupement. S’avançant dans le cercle des curieux, il la voit, par terre, dans une marre de sang.
Ce samedi soir, sa mère est morte et, avec elle, ses souvenirs d'enfance sont morts aussi. La folie meurtrière a effacé de sa mémoire ses premières années, et pour survivre il s'est inventé une vie. C'était il y a vingt ans, il y a un siècle, il y a une éternité. Marc ouvre les yeux, respire profondément, se retourne pour s'avancer sur la rue et murmure : « il faut en finir ».
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