Dominique : Dialogue à une voix
Posté le 06.04.2007 par verbes
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- Allo
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- Oui, c’est moi-même
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- Hervé ? Hervé Mantoue ?.... mais…c’est une surprise…après tout ce temps
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- En fait, je ne pense pas, tu sais, je n’ai pas vraiment le temps, deux enfants, le boulot… je n’aurai pas le temps non
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- Non, je ne les ai pas revu. Ecoute, tu m’excuseras, mais je dois sortir, je vais...
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- Je te le répète, je n’ai revu personne, ni Alice ni les autres. Après le Bac on est parti chacun de son côté et je n’ai gardé les coordonnées de personne. J e n’ai pas essayé de les revoir, c’est qu’on avait décidé de faire. Alors je ne vois pas pourquoi tu me rappelles pour me parler d’eux. Je n’ai pas du tout envie de revenir sur le passé, et là je dois vraiment raccrocher…
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- Elle t’a écrit ? quand ?
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- Non, je n’ai rien reçu . et les autres ?
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- Et que dit-elle dans cette lettre ?
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- Quoi ? elle va tout raconter dans un livre ? bon sang. Après tout ce temps…. C’est dingue. on s’était pourtant juré de ne parler de ça à personne…
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- Mais tu crois qu’elle veut vraiment le faire publier ? Elle dit peut-être ça pour nous faire peur.
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- C’est dément ! elle oublie qu’elle n’est pas la seule impliquée, nous aussi ça nous concerne et je n’ai vraiment pas envie de tout voir remonter à la surface. Tout déballer sur la place publique, 20 ans après, franchement je trouve ça flippant. Elle ne se rend pas compte qu’elle va nous replonger dans les emmerdements
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- Non, je ne vois pas comment je pourrais les prévenir. Je te l’ai déjà dit, je ne suis restée en contact avec personne. Je sais juste que Julien est toujours sur Paris car je croise sa sœur de temps en temps, mais c’est le seul. Les autres je ne sais pas ce qu’ils sont devenus
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- Mais c’est à toi qu’elle a écrit. C’est à toi d’essayer de la voir, pas à moi. D’ailleurs, ce n’est sûrement pas par hasard si elle t’a contacté toi, car après tout c’est toi qui décidait toujours tout dans notre groupe, c’est toi qui a eu cette idée à la con. Alors si elle nous revient en pleine figure vingt ans plus tard, et bien débrouille-toi pour nous sortir de là. Tu as toujours été doué pour avoir des idées…non…toi et tes idées fumeuses…
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- Mais bien sûr que si, c’est toi qui a eu l’idée de tout ça : passer une nuit dans la salle des profs. C’était ton idée. Tu voulais toujours épater la galerie, toujours à nous dire qu’on avait une petite vie médiocre et qu’il fallait se lancer des défis. Des défis à la con, oui ! et quand ça a mal tourné t’as vraiment pas été à la hauteur, tu t’es bien défilé
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- Je ne vois vraiment pas comment je pourrais retrouver Gaetan, Sandra et Jean et d’ailleurs je n’ai pas du tout l’intention de passer mon temps à les chercher. Tu m’as bien retrouvée, tu dois être capable de les retrouver aussi, d’autant que, si je me souviens bien, tu peux t’aider de relations influentes, non ?
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- T’es vraiment gonflé de dire ça. Mais je te rappelle que c’est toi qui a tout organisé et nous on a été trop bêtes pour marcher dans ta combine
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- Si, c’est toi qui a lancé ce défi. C’est toi qui a profité de ton amitié avec Isvari pour piquer les clés de la salle des profs. tu as choisi le jour en sachant que Mougamr serait absent. tu as amené les bombes pour tout tagger, des bouteilles. Tu nous a fait picoler et fumer au point qu’on a fini par faire n’importe quoi, jusqu’à mettre le feu au lycée. Merde, tu ne peux quand même pas dire le contraire. Tu avais tellement d’ascendant sur nous qu’on s’est laissé entrainer et…à cause de toi la grosse blague de potache a tourné au cauchemar
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- Bien sûr qu’on est tous responsable. Mais ce que je te reproche le plus au fond, c’est d’avoir profité de l’admiration qu’on avait pour toi pour nous faire dépasser la limite mais qu’ensuite…ensuite tu nous a obligé à nous taire et… voilà on s’est fondu dans la masse, on a rien dit, comme des lâches
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- Mais si ça aurait tout changé, parce que Mougam ne se serait pas suicidé si tu étais allé voir les flics ou la proviseur pour leur dire que tu avais volé les clés, et si on avait avoué que c’était nous qui avions foutu le feu. Après tout, qu’est-ce qu’on risquait ? pas grand-chose au fond, on était tous mineurs. Ca aurait été la honte pour nos parents ? bon, et après ? avec le temps tout ce serait tassé. Tandis que là, la mort de Mougam, elle dure, depuis tout ce temps
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- Je ne comprends pas comment tu peux dire ça. Alors que tu avais sympathisé avec lui, qu’il t’aimait bien, te laissait même sortir avec sa fille, t’invitait parfois à prendre le thés dans sa loge quand tu avais un trou entre deux cours.
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- Mais non, on avait commencé à mentir, on n’a pas pu revenir en arrière. Quand Mougam s’est tué, c’était trop… énorme. C’est comme si notre mensonge nous avait explosé en pleine figure. On a été dépassé et on s’est comme figé dans ce mensonge. Il s’est refermé sur nous comme un piège…et c’était trop tard pour revenir sur ce qu’on avait dit
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- Garde tes bonnes paroles pour toi. De toute façon après l’incendie tu as eu vite fait de partir aux Etats-Unis, soit disant pour améliorer ton anglais. Et en septembre tu avais changé de lycée
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- Si, tu t’es barré parce que tes parents en avaient les moyens et tu nous as laissé nous débrouiller tout seuls face aux flics
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- On a tous été interrogé, qu’est-ce que tu crois. Mais comme le feu avait tout détruit ils n’ont trouvé aucun indice. Ils en ont conclu que ce devait être un coup des jeunes de la cité des Rosiers
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- Non, personne n’a accusé Mougam. La proviseur savait bien qu’il était honnête, hyper-consciencieux. Seulement lui il a ressenti cela comme un tel déshonneur qu’il s’est pendu dans la chaufferie du lycée.
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- Elles n’ont pas pu rester. La proviseur a pourtant fait tout son possible pour les garder mais la femme de Mougam ne pouvait pas assumer la fonction de gardien. Alors elles devaient quitter la loge. De toute façon, deux semaines a près la mort de Mougamr, un oncle (ou je ne sais qui) est venu les chercher. Elles sont reparties pour Calcutta. Un mois plus tard la proviseur nous a annoncé au début d’un cours que Isvari était mariée. Et puis on n’a plus jamais parlé d’elles.
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- Voilà les dégats que nous avons causés : Mougam, Isvari, cette fille si brillante et confiante, qui voulait faire sciences-po.
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- Alors, tu ne dis plus rien maintenant. Toi aussi tu as le vertige devant tout ce gachis ? Nous ça fait vingt ans qu’on vit avec . Et ça fait mal, ça nous rattrappe à l’improviste, ça nous agrippe, ça nous réveille la nuit. Ça vient brouiller nos meilleurs moments. Avec toujours ce sentiment d’impuissance et de désolation car tu vois, je n’arrive pas à me pardonner et la souffrance que je ressens toujours, je me dis que je la mérite,
Qu’elle n’est rien à côté de celle de la famille de Mougam, et alors elle me semble sans issue.
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- Je pense que les autres sont comme moi, qu’ils se débrouillent comme ils peuvent. Mais Alice, c’est à ce moment là qu’elle a commencé sa descente aux enfers. Elle a perdu pied. Elle n’a pas supporté tout ce qui arrivé. C’était comme si elle ne pouvait plus tenir debout. Elle n’avait plus de corps, plus de force, elle nous filait entre les doigts. On n’a pas pu la retenir. Et puis elle a disparu.
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- Non, aucune . Finalement, je me dis que si Alice veut raconter cette histoire, il faut la laisser faire. C’est sans doute ce qui peut lui arriver de mieux, ce qu’elle a trouvé pour se reconstruire, son issue à elle.
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- Ecoute Hervé, il y a vingt ans, tu nous as obligé à nous taire, pour éviter un scandale parce que ton père était ministre. Mais aujourd’hui tu ne recommenceras pas. Alors oui, je vais essayer de retrouver Alice. Mais pas pour la dissuader, au contraire, pour la soutenir et pour qu’elle sente que quoi qu’elle décide, je suis avec elle.
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- N’insiste pas Hervé, et ne me rappelle plus.
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