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verbes
Description du blog :
atelier du samedi matin, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
06.04.2007
Dernière mise à jour :
17.04.2008
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Joël : Pastiche

Posté le 17.04.2008 par verbes
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Analyse
Donald Westlake dans Droles de frères. Cet auteur surtout connu pour ses romans policiers est un fin observateur de la nature humaine, toujours prêt à faire partager son sens de l'humour, et très lucide de la société et de ses travers. Contrairement à beaucoup d'autres auteurs du même style, il fait des descriptions toujours très stimulantes et instructives, et la présentation des personnages est finement développée. Le climat général est enfin rarement sombre.

Anamnèse
Mon frère Gilles et moi, quand nous avions des sous, nous allions l’après-midi à un cinéma permanent de la Porte Maillot. Avec un peu d’agilité, il était possible de passer discrètement de salle en salle et au bout de quelques heures, l’orgie d’images et de sons consommée, nous ressortions avenue de la Grande Armée, hagards, les yeux rougis. Ce jour là, le film a continué dehors.

Pastiche
Le long de l’avenue, les voitures nous sont apparues comme des chars futuristes, pointant leurs canons furieusement clignotants, rouge, vert, jaune, au-dessus de nos têtes encore basses. Le flap-flap des chenilles donnaient à la scène un rythme endiablé. Le sol dégageait des vapeurs nauséabondes, se boursouflait, menaçant de s’ouvrir et de tout emporter. Les émissions radio se mélangeaient dans une épouvantable cacophonie. Sur les grands trottoirs gris, aussi lisses que des billards, les passants étaient, par un maléfice, devenus des bêtes énormes, vertes et velues, pleines de pattes crochues, qui se disputaient le passage en grimaçant. Gilles, un peu plus costaud que moi, marchait devant, nous restions proches. Nous étions les vedettes, les héros. Action et suspense, dans plusieurs productions simultanées. Les badauds restés humains s’étonnaient de ces fruits rouges au fond de nos orbites. Savaient-ils au moins qui nous étions ? Des extra-terrestres infiltrés que rien n’arrêterait dans leur progression vers la… Place de l’Etoile. Les plus éveillés le savaient, c’était sûr. Les autres restaient condamnés à suivre la direction de leur nez.
Plus haut, l’Arc de Triomphe nous attendait. Quelques porches nous permirent de faire des haltes, histoire d’attaquer un Caram’bar ou d’en griller une. Arrh ! noir le tabac, dure la vie ! Quelques pas derrière nous se tenait un sinistre sbire en manteau qui nous suivait, faisant toutes sortes de simagrées pour ne pas en avoir l’air, du grand art. Bien essayé.
C’est là que nous avons fait très fort. Un peu plus bas se trouvait un grand magasin de vélos, et on s’est planté devant à fixer les bicyclettes en comptant les vitesses. Tranquilles en sifflotant. Pause dans le délire, histoire de voir. Et le détective -forcément fourbe- s’est évaporé, malheureusement avant d’avoir avoué le principal : pour qui travaillait-il ? Après un clin d’œil à la photo de Jacques Anquetil, vedette de l’époque, nous sommes repartis vaillamment. Entre-temps les bêtes immondes avaient disparu dans les sous-terrains, aspirées dans les égouts, sous les plaques rondes et métalliques soigneusement remises à leur place.
Restait la foule bigarrée, psalmodiant des mélopées incompréhensibles, mouvante comme un ban de poissons affolé. Nous la fendîmes dans un fol exercice de slalom inversé : en remontant. C’était, à vrai dire, notre sport favori. L’excitation était à son comble. L’Arc approchait, magnifique, géant, plein de promesses et de questions. (On disait déjà qu’il s’enfonçait lentement. Est-il vraiment plus petit aujourd’hui ?) Mais j’aperçus d’énormes sauterelles métalliques qui l’attaquaient par la face Nord. Damned ! « Calme toi ! murmura mon frangin, ce sont des échafaudages. » Dans tout ce chantier, la soucoupe pouvait-elle encore approcher ? On piétinait, on attendait quelque chose, un signe.
Soudain, dans le ciel menaçant, torturé, entre de gros nuages noirs, trois éclairs aveuglants nous ont avertis. On est resté la bouche ouverte d’émotion, avant de comprendre le message. Oui ! Nous étions sur la voie. Patience. Après toutes ces années, nous n’avons pas oublié la promesse du ciel.
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Gabrielle : Pastiche

Posté le 17.04.2008 par verbes
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Analyse
Frantz Kafka, dans La Métamorphose. Texte à la 3ème personne, au passé, monologue intérieur du personnage, description de l’environnement avec les yeux du personnage, phrases longues comportant des précisions ou des développements.

Anamnèse
Il dort toujours ainsi, couché de tout son long dans son lit, son oreiller posé sur le ventre, la couette repoussée par terre. Près de lui, ses peluches préférées entourent son petit visage : un Pikachu jaune vif, un clown musical aux couleurs usées par le temps et, le dernier, acheté en vacances, l’âne de Schreck !

Pastiche
« Ha non, pas déjà le matin ! » pensa-t-il en ouvrant les yeux. Il était allongé dans son lit - un banal lit d’enfant en bois - dans sa petite chambre si familière dont il avait fièrement orné les murs de posters de ses héros préférés. Sa couette gisait par terre – dans son sommeil il la repoussait toujours – et il serrait sur son ventre son oreiller sous lequel il disparaissait presque. Il tourna la tête de droite à gauche car ce bercement bruyant – on entendait son lit cogner contre la cloison de sa chambre – l’aidait à retrouver le sommeil.
Il avait coutume de dormir entouré de ses peluches préférées, un Pikachu jaune vif, un clown musical dont les couleurs usées témoignaient d’un attachement ancien, et enfin, le petit dernier, acheté sur un marché lors des vacances d’été, l’âne de Schreck. Dans son agitation nocturne, ses doudous s’étaient dispersés dans son lit et semblaient à présent avoir pris leur distance comme pour éviter de recevoir un mauvais coup. « Je veux retourner dans mes rêves » pensa l’enfant tout en suçant son pouce avec avidité, mais la lumière matinale qui filtrait à travers les volets l’empêchait de sombrer à nouveau.
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Lucette : Pastiche

Posté le 17.03.2008 par verbes
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Analyse
Herman Hesse dans Knulp. Il s’agit d’une narration, d’une description avec évocation des sentiments. Il s’agit d’une focalisation interne. Les lieux ont de l’importance. Les phrases sont longues. Il y a des répétitions, un processus d’accumulation, d’exagération qui montre les sentiments très puissants du personnage qui retrouve son passé avec une grande nostalgie. Il y a une grande communion avec la nature.

Anamnèse
J’adorais ce moment où, les soirs d’hiver, mon père me réchauffait mon pyjama avant de me le donner ; tout l’amour de mon père était contenu dans la chaleur de ce pyjama qui me réchauffait autant le corps que le cœur.

Pastiche 1, en atelier
Elle arriva enfin devant la maison de son enfance. Elle avait vécu là des moments merveilleux. Chaque parcelle du jardin évoquait des souvenirs heureux auprès des siens. Le parterre de fleurs avec les gueules de loup jaunes et pourpres qu’elle affectionnait tant ; les pois de senteurs couleur pastel légers et graciles, les lupins blancs majestueux et les iris mauves qui exhalaient leurs parfums suaves. Plus loin elle se souvenait avec délice de chaque arbre fruitier qui faisait l’envie de tous les voisins du quartier. Un néflier plus fragile qui régalait les premiers venus. L’abricotier généreux dont les branches lourdes de fruits ployaient à l’extérieur du jardin et attiraient les enfants de la rue. Le figuier plus tardif qui offrait ses fruits sucrés à la rentrée des classes. Elle avait aimé avec passion chaque saison. Elle avait au gré de chacune d’elle communié avec la nature toujours surprenante de beauté. Il lui semblait que personne mieux qu’elle n’aurait mérité d’habiter ces lieux qu’elle connaissait mieux que tout le monde.
A l’intérieur de la maison le poêle en fonte lui rappela chaque soirée d’hiver où son père lui réchauffait son pyjama pendait qu’elle se déshabillait toute frigorifiée. Tout l’amour de son père était contenu dans la chaleur du pyjama qui lui réchauffait autant son corps que son cœur. Aujourd’hui encore elle songeait avec tristesse à tout ce bonheur perdu qui restait attaché à ses souvenirs d’enfance.

Pastiche 2, réécriture
En retrouvant sa maison d’enfance elle voulut revoir la pièce qui faisait jadis office de salle à manger. Elle reconnut le poêle qui trônait majestueusement dans la pièce centrale. Elle avait passé là des merveilleux moments chargés d’intenses émotions. Elle avait goûté aux joies familiales mieux que quiconque. Le soir toute la famille était réunie autour de la table et le froid qui sévissait par endroit les faisait se rapprocher. Ce qu’elle aimait par dessus tout c’était de se faire oublier ; parfois, et c’était ces moments qui la remplissait de bonheur, elle parvenait à échapper au regard de ses parents en feignant la fatigue. Elle se lovait alors toute la durée du repas sur la banquette à coté de ses sœurs assises. Elle adorait ses instants où rien ne semblait lui échapper. Son attention était décuplée. Chaque personne occupait dans sa conscience une place propre et elle captait tous les frémissements de leur vie intime ; bruits de la respiration et de la mastication, soupir de plaisir de gourmet, satisfaction de sa mère, agitation de sa sœur cadette, gravité de sa sœur aînée. La voix grave de son père mêlée au concert des bruits des couverts la berçait délicieusement. Les propos n’avaient pas d’importance. C’était la magie de toutes ses présences essentielles dans sa vie qui comptait par dessus tout. Chaque voix, chaque réplique résonnait dans son cœur et dans son histoire, comme une mélodie indispensable à son existence et à sa croissance. Elle redoutait la fin du repas et le moment où il fallait l’extirper de sa langueur pour aller rejoindre son lit. Sa mère lui apportait son pyjama pour que la transition fût plus douce. Elle adorait ce moment où, pendant qu’elle se deshabillait toute transie, son père lui réchauffait son vêtement de nuit auprès du poêle et le lui tendait une fois qu’il était très chaud. Son corps garde à jamais les sensations de plaisirs intenses qu’elle avait en enfilant ce pyjama qui lui réchauffait autant le corps que l’âme. Tout l’amour paternel était contenu dans ce geste quotidien. Elle emportait ainsi avec elle pour la nuit toute la chaleur de sa tendresse.
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Lucette : Focalisation

Posté le 17.03.2008 par verbes
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Coketown était une ville de briques rouges ou plutôt de briques qui eussent été rouges si la fumée et les cendres l'eussent permis ; mais, étant donné les circonstances, c'était une ville d'un rouge et d'un noir contre nature, telle la face peinte d’un sauvage. C'était une ville de machines et de hautes cheminées d'où s'échappaient inlassablement, éternellement, des serpents de fumées qui ne se déroulaient jamais tout à fait.
Charles Dickens, Temps difficiles


Lucette : focalisation 0

Sara saisit la première opportunité pour échapper à son passé douloureux. C'est un jour gris de septembre qu'elle débarque à Coketown pour intégrer le lycée qui l'attend. Sa rencontre avec la ville est d'une violence inouïe. Coketown était une ville de briques rouges ou plutôt de briques qui eussent été rouges si la fumée et les cendres l'eussent permis ; mais étant donné les circonstances, c'était une ville d'un rouge et d'un noir contre nature, telle la face peinte d'un sauvage .
Durant sa carrière elle a voyagé et fréquenté des villes sombres et polluées qui ne voyaient la couleur du ciel que rarement. Mais là, cela dépasse de beaucoup ce qu'elle a côtoyé. C'est une ville de machines et de hautes cheminées d'où s'échappe inlassablement, éternellement des serpents de fumées qui ne se déroulent jamais tout à fait.
Pendant un bref instant Sara se demande si elle a pris la bonne décision en venant s'exiler là. Elle se sent saisie par une vague de découragement et elle regrette déjà d'être ici. Soudain des éclats de rires la ramènent à son environnement. Une bande d'adolescents est traversée par un fou rire interminable. Ils ressemblent traits pour traits à ceux qu'elle connaît dans son métier et avec lesquels elle aime travailler. Touchée par cette bonne humeur contagieuse elle attend, plus sereine, son hôte.

Aujourd'hui ce n'est pas mon jour, maugrée John au volant de sa voiture. Déjà mon réveil n'a pas sonné. J'ai dû fait une fausse manipulation hier en mettant mon heure d'alarme. Encore un acte manqué et un stress inutile. Je vais être en retard à mon rendez vous à la gare. Il faut que j'arrive à tant pour amortir le choc. Chaque année c'est la même chose ! Ils demandent tous leur mutation, le poste les intéresse, mais dès qu'ils découvrent la ville ils veulent déjà repartir. Pourtant, personne ne les a obligés à venir ! Et puis moi, je l'aime cette ville, et pour rien au monde je ne la quitterais.
Plongé dans ses pensées il se retrouve sans s’en apercevoir à coller dangereusement le taxi qui est devant lui . Mince qu’est ce que je fous sur cette file !

Le taxi se range sans délai pour échapper au chauffard qui le précède. Non mais, c’est pas vrai ! Non seulement il emprunte le couloir des taxis sans y être autorisé et en plus il manque de me rentrer dedans. Il y a des jours où il se dit qu’il fait un métier dangereux. C’est pas pour dire, mais rien que ce mois-ci il a eu plus de frais de réparation de son véhicule que toute l’année dernière. C’est pas le nombre de courses qu’il fait qui va équilibrer ses dépenses. Bon ! c’est pas tout, mais il a juste le temps de récupérer à la gare les rares voyageurs du dernier train.
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Laurence : Pastiche

Posté le 16.03.2008 par verbes
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Analyse
Dans le roman "Le grand cahier" d'Agota Kristof, j'aime : ses personnages, les phrases courtes et simples. Les textes à la 3e personne. Le temps présent. La focalisation interne. Les fausses pistes. L ‘humour. J’adore le mélange subtil du masculin et du féminin. La chute inattendue. La conclusion hâtive.

Anamnèse
Elle avait les cheveux blancs coiffés en chignon. Elle était mauvaise comme la gale. Un jour, elle a levé sa canne sur moi.

Pastiche
C’est une excellente cuisinière. Avec un minimum d ‘ingrédients, elle vous confectionne une tarte, une quiche, une mousse au chocolat. Un vrai régal. Elle brode des napperons qu’elle garde précieusement. Elle a ses cheveux blancs coiffés en chignon strict. Ses mains sont longues et sèches. Elle est grande et mince. Elle porte toujours une blouse sur sa jupe et son pull. Elle change trois fois de blouse dans la journée. Le matin, pour le ménage, la blouse est unie et en toile de jute. A midi, la blouse est à carreaux roses et bleus en coton pour la cuisine. L‘après midi la blouse est fleurie sans manches, plus courte et en nylon. Elle se déplace péniblement ; elle fait des petits pas avec sa canne. Elle ne regarde pas la télévision mais elle l’écoute. Elle critique systématiquement tout ce qu’elle entend. Le facteur lui apporte son journal local tous les jours. Elle se précipite sur la rubrique nécrologique. « Ah il est mort celui-là, c’était bien temps, à 93 ans. Ce vieux était complètement fou, d’ailleurs . » Elle pense à elle et à son petit confort et ne veut recevoir l’aide de personne. Les femmes de ménages sont des incapables, le curé ne sait pas dire la messe, le boulanger est trop gros, son pain pas assez cuit. Le médecin retient son attention, mais elle jette les médicaments dans le feu. Il faut faire un effort pour lui rendre visite. Les mauvais jours, elle est capable de vous balancer un coup de canne. Pourtant, une nuit, elle est partie sans rien dire, ni critiquer, ni se plaindre. Dommage ; elle ne m’avait pas transmis sa recette de mousse au chocolat.
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Joël : Focalisation

Posté le 14.03.2008 par verbes
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L'automne apparut très vite et se déguisa tout de suite en jeune hiver. Où était l'été de la rue chaude ?
Le froid entortillait les cache-nez autour des têtes, transformait les nez en cerises rouges. Les feuilles mortes se crispaient comme des poings et les balayeurs en emplissaient de craquantes brouettes. Les journées, elles aussi, se fanaient rapidement. Robert Sabatier, Trois sucettes à la menthe


Focalisation interne de Joël

Hélène

L’automne apparut et se déguisa tout de suite en jeune hiver. Au bord du canal vert-de-gris, les pêcheurs à la ligne avaient repris les pulls et les cirés remisés au fond de leurs sièges-valises.
Même les troncs d’arbre semblaient transis et surpris. Le froid entortillait les cache-nez autour des têtes et tranformait ces appendices en cerises rouges, plus grosses que les bouchons qui dansaient sur l’onde.
Les feuilles mortes se crispaient comme des poings et les balayeurs en emplissaient de craquantes brouettes.
Sur le banc craquelé je me tenais serré, tirant sur ma bouffarde des volutes bleutées aux senteurs de Virginie. De son bel accent italien, elle m’avait bien dit « 18 heures », et j’attendais. C’est vrai qu’elle n’avait pas l’air bien au téléphone.
Mais au point d’oublier notre rendez-vous et notre départ ? Entre mes pieds mon sac de voyage paraissait chiffonné. De la main droite, je retournais l’enveloppe enflée de mes économies ; et me répétais de quoi tenir un mois.
Les balayeurs maugréaient dans une langue que je ne reconnus pas. Au dessus des grands arbres le soleil se recroquevillait. La grand rue restait vide. Je m’assouppissais. La journée se fanait, enveloppant les pêcheurs de ses pétales crépusculaires. Où était passé l’été de la grand rue chaude ?
C’est alors qu’il y eut une grand souffle et tout changea d’aspect, de grosses gouttes se mirent à tomber, trouant le miroir plissé de l’eau. Avant d’être complètement trempé, j’eus le temps de gagner l’abri de bus à l’angle de la rue.
Près de la vitre se trouvait une femme secouée de sanglots. Je reconnus Hélène qui baissait les yeux. Amer, je me dressai devant elle. « Eh bien ? Que fais-tu là ? je t’attendais !
— Je sais Pierre, je t’ai vu… mais…
— Mais quoi ?
— Je n’osais pas te le dire, je ne pars plus.
— Comment ? Tu m’avais promis.
— Je sais. »
Elle se retourna et continua de pleurer. Je me détournais. La cime des arbres frissonnait, sans bruit. Les pêcheurs avaient disparu, sauf l’un d’entre eux qui restait, l’air hagard, à fixer son bouchon. Je remarquais plus loin une voiture noire à l’arrêt, les veilleuses allumées. Difficile de distinguer quelqu’un à l’intérieur. Hélène séchait ses larmes du bout des doigts et tâchait de retrouver sa voix. Avais-je envie de l’entendre ?
Je regardais à nouveau la voiture. « Hélène, c’est Louis ? »
Elle baissa lentement les paupières, et garda les yeux fermés.
La pluie avait cessé.
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Arlette : Description narrativisée

Posté le 10.03.2008 par verbes
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Tout au bout du village de Dossenheim, en Alsace, à cinquante pas au-dessus du sentier sablonneux, s'élève une jolie maisonnette entourée d'arbres fruitiers, la toiture plate chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée. Quelques volées de pigeons tourbillonnent autour, des poules se promènent le long des haies, un coq se perche sur le petit mur de son jardin et sonne le réveil... Deux rameaux de vigne grimpent à la façade et vont s'épanouir jusque sous le toit. Erckmann-Chatrian, Contes des bords du Rhin

Description narrativisée d'Arlette

Tout au bout du village de Dossenheim, en Alsace, à cinquante pas au-dessus du sentier sablonneux, s'élève une jolie maisonnette entourée d'arbres fruitiers, la toiture plate chargée de grosses pierres, le pignon sur la vallée. Un coq se perche sur le petit mur de son jardin et sonne le réveil. A son appel, des petites ouvertures, telles des yeux cernés de brun, entr'ouvrent leurs paupières. Sur les vitres brillantes tels des miroirs, le bleu du ciel se reflète, moucheté de coton blanc et tracé de temps à autre par quelques plumages. Quelques volées de pigeons tourbillonnent autour et, curieux, posent un instant leurs pattes sur les rebords, inclinent leurs têtes et regardent à l'intérieur dans l'attente peut-être d'un complément à leurs menus quotidiens. Des poules caquètent et se promènent le long des haies, grattant le sol à la recherche de quelque nourriture. A la force de leurs tiges, deux rameaux de vigne grimpent à la façade et vont s'épanouir jusque sous le toit, lourds de leurs grappes sombres que des mains et des becs avides se disputeront la cueillette.
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Dominique : Description narrativisée

Posté le 10.03.2008 par verbes
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Le café des Miroirs était situé au croisement de deux ruelles ; il occupait la majeure partie de la chaussée de terre battue, interdite aux lourds véhicules, et où, seules, s'aventureraient les baladeuses des marchands ambulants. D'immenses toiles de tente s'étendaient au-dessus de sa tortueuse terrasse comme dans un marché couvert. Un nombre impressionnant de miroirs, aux cadres sculptés et recouverts de dorures, étaient accrochés partout, à même les façades des masures environnantes. Albert Cossery, Mendiants et orgueilleux.

Description narrativisée de Dominique

Cela faisait un bon moment qu’elle avait décroché du lycée. Régulièrement elle séchait les cours pour aller marcher dans la ville, surtout le matin quand les choses se mettent en place. Ses déambulations l’avaient amenée vers les quartiers populaires de la vieille cité, ceux qui sont à la marge.
C’est ainsi quelle avait atterri au café des Miroirs. Il était à l’angle de deux ruelles et sa terrasse mangeait la chaussée. Elle se sentait bien dans cet endroit qui était d’un autre temps. Le modernisme s était arrêté quelques boulevards plus haut. Ici les rues n’étaient pas goudronnées. Elles étaient restées en terre battue et les jours de grande chaleur une poussière de terre se soulevait au passage des marchands ambulants. Et s’il se mettait à pleuvoir d’un coup, comme cela arrive en été, l’odeur de cette terre remontait et la chavirait dans son enfance. Alors elle aimait ça, regarder tomber la pluie. Elle l’entendait battre les immenses toiles que le patron avait tendues comme il pouvait au-dessus de sa drôle de longue terrasse, pour abriter les clients. C’était des toiles de tentes, en épais tissu délavé. Elles lui rappelaient les colonies de vacances ou elle passait l’été quand elle était petite. Pour un peu, assise là-dessous, elle se serait crue sous le chapiteau d’un cirque. Elle restait là, à regarder s’activer les antiquaires, les brocanteurs. Ces magiciens des objets extirpaient leurs trouvailles hors du temps et les exposaient, insolites, pour un nouveau tour de piste.

Quand elle avait assez regardé, elle payait ses consommations et quittait la terrasse pour remonter la rue des Miroirs. A son tour d’entrer dans le spectacle. Elle marchait, de tout son temps, en regardant, partout. Car à chaque fois les façades des vieilles maisons la fascinaient. Des deux côtés de la rue, des miroirs se renvoyaient la lumière ou des éclats de soleil. Il y en avait des centaines, accrochés sur les murs de toutes les masures, des petits, des grands, toutes les formes. Elle les trouvait touchants et beaux avec leurs cadres sculptés, recouverts de dorures. Elle les voyait comme des bijoux, des colliers, des parures qui déclinaient à l’infini l’animation de la rue, son brouhaha, la couleur du ciel. C’était un bousculement des sens parce que toute la perspective de la rue était changée. Elle marchait et le remue–ménage se répercutait dans les miroirs, et les miroirs renvoyaient les images comme en écho.
C’était un peu étourdissant.
La plupart du temps elle portait de longues jupes très colorées qui touchaient presque le sol. Elle les achetait dans des boutiques indiennes. Là, dans la rue, elle voyait les couleurs de ses jupes ondoyer dans des fragments de miroirs. Elle les perdait, elle les retrouvait. Son visage et sa chevelure s’encadraient un moment sur un fond d’objets passés.

J’étais souvent là, quelques mètres derrière elle. Je la regardais, elle et ses profils qui se démultipliaient. Je ne voulais qu’une chose : lui parler.
Mais je sentais tellement de mélancolie, quand elle remontait la rue des Miroirs, que je n’ai rien su faire d’autre, que la laisser filer.
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Gabrielle : Description narrativisée, suite en focalisation interne

Posté le 21.02.2008 par verbes

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C'était en revenant de Nîmes, un après-midi de juillet. Il faisait une chaleur accablante. À perte de vue, la route blanche, embrasée, poudroyait entre les jardins d'oliviers et de petits chênes, sous un grand soleil d'argent mat qui remplissait tout le ciel. Pas une tache d'ombre, pas un souffle de vent. Rien que la vibration de l'air chaud et le cri strident des cigales, musique folle, assourdissante, à temps pressés, qui semble la sonorité même de cette immense vibration lumineuse. Alphonse Daudet, Les lettres de mon moulin.


Description narrativisée de Gabrielle, et suite en focalisation interne.

Il était parti à Nîmes rencontrer de futurs clients. Après une réunion de travail qui avait duré la matinée, ils avaient déjeuné ensemble dans un charmant restaurant proche des arènes.
Nous étions en Juillet. La chaleur était accablante, annonçant déjà la canicule qui sévirait cette année là au mois d’Août. Il prit la route en début d’après-midi.
A peine sorti de la ville, il se retrouva seul à rouler sous un soleil d’argent mat qui remplissait tout le ciel. Il mit ses lunettes et baissa la pare-soleil.
Sur la route blanche, embrasée, pas une tache d’ombre, pas un souffle de vent. L’absence de climatisation de sa vieille 405 l’obligeait à rouler fenêtres ouvertes. Juste pour ne pas étouffer. Illusoire fraîcheur de cet air chaud ! Ses mains collaient sur le volant. Il sentait les gouttes de sueur couler lentement dans son dos. Sur sa chemise, on voyait la marque humide de la ceinture de sécurité.
Il accéléra. Il avait hâte d’arriver, de sortir de la fournaise de sa voiture, de quitter ce lieu oppressant où il n’entendait que la vibration de l’air chaud et le cri strident des cigales, musique assourdissante, à temps pressés, qui semblait la sonorité même de cette vibration lumineuse et s’intensifiait chaque fois qu’il dépassait des jardins d’oliviers et de petits chênes.
Etait-ce l’effet de la chaleur de ce début d’après-midi ? Un déjeuner trop lourd et bien arrosé ? L’accumulation du manque de sommeil ? Il sentait ses paupières lourdes. Sa vision se brouillait. Il avait envie de s’abandonner à cette douce torpeur qui l’envahissait mais la peur de perdre le contrôle, un reste de conscience du risque d’accident lui permettaient de résister.
La route était encore longue sous ce soleil de plomb. Il se dit qu’il serait plus prudent de s’arrêter dans un coin ombragé pour se reposer. Il mobilisa son attention à la recherche de l’endroit idéal et repéra un chemin de terre qui s’enfonçait dans des champs d’oliviers. Il s’y engagea, se gara, sortit une couverture de son coffre et l’étala à l’écart, sous un arbre. Il se déshabilla et s’allongea. Rapidement, il sombra dans un profond sommeil.
... ... ... ...
Accroupie derrière un buisson, une fille l’observait. Le visage sale, les cheveux emmêlés, les mains noires de terre, elle semblait sans âge. Elle était restée immobile, le regardant s’installer. Après avoir constaté qu’il était endormi, elle se leva et remonta sa culotte.
Elle s’avança vers l’homme étendu. Ses pieds nus accrochaient les petits cailloux du chemin. Elle était à la fois attirée et dégouttée par ce corps dénudé. Il semblait inoffensif, abandonné là sur le sol, mais la vue de son caleçon légèrement remonté sur ses cuisses musclées, constituait une indécente provocation. Elle s’agenouilla prés de lui. Sa robe s’étala en corolle. Elle se pencha pour renifler cette odeur virile, promenant son nez sur son poitrail. Il soupira comme en extase.
Elle mit alors une main sur ses parties génitales, l’autre sur son cou puis serra fort, très fort. Il expira sans un cri. Elle se jeta sur le corps encore chaud. Ses petites dents pointues en arrachèrent le cœur qu’elle dévora comme une bête sauvage. De sa bouche ensanglanté sortit un hurlement qui déchira le ciel. L’appel de la meute pour la curée finale. Des chiens errants se précipitèrent sur ce gibier qu’elle leur abandonnait.

Le lendemain, dans Nice matin, on pouvait lire à la une « encore une victime des loups dans l’arrière pays » !
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Laurence : Description narrativisée

Posté le 18.02.2008 par verbes
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Les avenues détrempées par les continuelles averses d'automne s'allongeaient, couvertes d'un épais tapis de feuilles mortes, sous la maigreur grelottante des peupliers presque nus. Les branches grêles tremblaient au vent, agitaient encore quelque feuillage près à s'égrener dans l'espace. Et sans cesse, tout le long du jour, comme une pluie incessante et triste à faire pleurer, ces dernières feuilles, toutes jaunes maintenant, pareilles à de larges sous d'or, se détachaient, tournoyaient, voltigeaient, est tombaient. Maupassant, Une vie.

Description narrativisée de Laurence

L’attaque des feuilles

C’était l’automne. Les avenues détrempées par les continuelles averses s’allongeaient, couvertes d’un épais tapis de feuilles mortes, sous la maigreur grelottante des peupliers presque nus. Personne ne s’aventurait dans la rue. Il était seul chez lui, une tasse de café fumante à la main. Il était quinze heures de l’après midi et sans cesse, tout le long du jour, comme une pluie incessante et triste à faire pleurer ; les feuilles des arbres se détachaient, tournoyaient, voltigeaient et tombaient. Il devait s’aventurer dans la fraîcheur pour respirer. Il devait enfouir ses pieds bottés dans les feuilles. Il marchait d’un pas rapide ; fumant sa pipe ; son chapeau se soulevant de temps en temps. Les branches grêles tremblaient au vent, agitaient encore quelque feuillage prêt à s’égrener dans l’espace. Et c’est en voulant rattraper son chapeau, qu’il glissa dans les feuilles et chuta lourdement sur le sol. Les feuilles mortes riaient, se réjouissaient. Elles se moquaient, elles étaient les plus fortes. Qu’elle chute ! Il avait les yeux ouverts, mais ne pouvait pas se relever. Il avait perdu ses lunettes et les quelques feuilles rescapées sur les arbres tombaient exprès sur lui et ses lunettes pour les recouvrir. Ces garces de feuilles jaunes, laides, aigries et méchantes ! Il était à terre, pauvre être sans défense. Une dame qui descendait la rue à ce moment là, venue elle aussi combattre les feuilles, s’approcha. Elle se pencha sur lui, belle, gentille, douce et aimante. Un éclair passa dans le ciel, c’était le coup de foudre.
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